Il est d’autres choses que j’effleure encore et que je retiens moins, qui m’apparaissent moins fortement, mais qui pourtant ne sont pas moins signifiantes. Moins effrayantes, moins troublantes, sans doute, moins problématiques dirons-nous. Pourtant ce qu’elles marquent de changement, d’ouverture, que je remarque peut-être trop peu, ce qu’elles signifient de métamorphose m’apparait, maintenant que je le considère, troublant de sibyllins auspices. A me demander ce qui fut remarquable ces dernières heures, et à considérer que pas grand-chose ne pouvait répondre à cette attente, ce critère, je me suis tout d’un coup souvenu de l’euphorie qui m’a fait sauter et danser comme un agneau tout juste né découvrant les forces de vie dans ses pattes frêles, hier soir, je me suis souvenu de cette danse dans mes jambes, de ces souffles précipités dans ma poitrine, courant le long de mon torse hystérique. Que s’était-il passé, pour que pareille frénésie s’empare de mes membres, je me suis posé la question, en cherchant une réponse non pas dans les couches superficielles des événements mais aux soubassements existentiels que ceux-ci pouvaient avoir touchés. En couche superficielle, j’ai fait quelque chose d’inhabituel, mais faire quelque chose d’inhabituel ne suffit pas toujours à remuer ce qui de l’existence refuse de sortir des habitudes. En couche profonde – à supposer qu’il s’agisse bel et bien de superficies et de profondeur, mais l’image est suffisamment partagée pour me faire comprendre – l’inhabituel de mon comportement, cette fois, est venu frôler ce qui de mon existence peine à se déshabituer d’un confort légitime. Légitime parce qu’il est des zones si vulnérable du corps psychique que les notions de mort ou de douleur psychologique n'y sont pas des abstractions philosophiques, mais forment les réalités d’un authentique vécu, pouvant s’inscrire dans les tissus du lien à soi et aux autres, jusque dans la matière tangible des chair alors en souffrance. Il y aurait donc comme une sécurité naissante, de nouvelles forces de vie dans les pattes de mon identité psychique, me permettant de sortir des ornières rassurantes de ce confort devenu inconfortable à force de limiter mon existence, à force d’en limiter les aires de jeu, la capacité d’aller jouer dans les zones inconfortables de ce qui est, existentiellement, inhabituel.