Par les mots et les images, témoigner d'une rencontre sensible et complexe avec soi-même, autrui et le monde.
Le soleil éclatant, et le trouble en moi. Le silence du jour férié, et toute la parole derrière mes lèvres muettes. La même montagne devant moi. Les mêmes mains sous mes yeux. Le même geste. Et tout ce qui tremble, ce qui respire, et tout ce qui change et part, disparait. Je vois encore ton visage, les larmes coulant sous tes lunettes de soleil, nos rires pour un mouchoir inespéré surgit d'une poche oubliée, ta voix qui se brise, la mienne qui s'étouffe. Je vois encore les couleurs du lac, les jeunes qui passent et nous font regretter l'insouciance de ton adolescence, de mon enfance. Quand nous passions sur les choses avec plus de légèreté et pas moins de passion. J'entends encore tout ce que nous disions qui, comme une lame pleine de soins, coupait à petits coups la corde de notre lien d'intimité. Le lendemain, sur le chemin qui faisait ma promenade, j'ai saisi une branche fine, parsemée de bourgeons. Je l'ai serrée fort en fermant les yeux. J'aurais aimé qu'elle distille à travers ma peau un peu de sa sève, de sa renaissance. J'aurais aimé qu'elle me dise quelque chose, qu'elle me rassure, m'apprenne. Et j'avais le sentiment que nous parlions un peu, qu'il se passait quelque chose entre elle et moi – elle enveloppée dans ma main, moi inspiré par son intime tranquillité. Ton absence hantait le ciel. Il donnait tant de lumière et d'espace qu'il semblait vouloir figurer la facture de ton être.