Par les mots et les images, témoigner d'une rencontre sensible et complexe avec soi-même, autrui et le monde.
De cette alcôve, que je creuse d'une respiration
J'aimerais pouvoir dire l'essence et la floraison
la terre et le ciel
Quand je peux à peine témoigner de son existence
Il y aurait en moi assez de désir
pour en visiter jusqu'à la plus reculée lagune
le plus profond cratère
Et je n'ai que le temps
d'imaginer leur infinie beauté
d'en effleurer la sublime nature
Le besoin qui tout entier me travaille
N'a pour me libérer de son étreinte
Que les maigres parcelles d'atmosphère et de silence
Que je parviens à lui offrir, échappées de mille autres nécessités
Pose le doigt maintenant
sur cette peau sèche et malade
et sens toute la soif et toute la faim
combien ce que ce monde exige la nourrit mal
Sous cette conscience-là
Dans ce regard, au milieu de ce cœur
Je devine une souffrance à peine dicible
Le sentiment confus d'une fondamentale méprise
Au creux de cette alcôve, tandis que mes yeux s'ouvrent à nouveau
reste pendue à mes lèvres comme une muette question
une interrogation sans adresse ni formule
Le doux bégaiement de mon trouble
Je récolte ici les miettes d'un frugal repas
Le vestige d'une pauvre agape
celle qui remplirait mon ventre mille fois plus copieusement
que les artifices trompant jusqu'à son appétit
et redonnerait à mon esprit le sens du merveilleux