Par les mots et les images, témoigner d'une rencontre sensible et complexe avec soi-même, autrui et le monde.

Publicité

avec tout ça

2012-07-24 18.46.51

 

Attirer à soi un regard, une écoute, une attention. C'est une rencontre parfaite entre ce dont j'ai le plus peur depuis toujours (et sans doute très envie depuis aussi longtemps) et ce que je sais le moins faire. Pourtant, je n'y échapperai désormais qu'au prix de mon épanouissement. Sur tous les plans, du métier à l'expression créative, je ne pourrai trouver le moyen d'en vivre comme je le souhaite qu'en me pliant à cette nécessité. Il faut que l'information circule: j'existe. Je ne peux plus guère la garder secrète, dans le périmètre tranquille de mon anonymat, à l'ombre des murs de silence et des auvents de discrétion où j'ai trouvé refuge. Peut-être ai-je déjà écrit cette phrase il y a plusieurs années, je n'en serais guère étonné – je ne m'étonne plus trop de voir la constance de certaines aspirations qui se heurtent à tant d'empêchements: elles avancent par étapes, et j'ai déjà oublié tout ce que j'étais incapable de faire il n'y a pas si longtemps et qui m'est devenu presque naturel, du moins familier. Je réalise que c'est à la mesure de cette visibilité que dépend désormais la possibilité de vivre ce que je souhaite vivre. J'ai fait dans la demi-mesure jusqu'à plus soif, un retour sur les terres d'hier me hausserait tant l'estomac que je n'y pourrais respirer bien longtemps. J'ai encore cette inconfortable sensation que prendre ma place, c'est prendre celle des autres. Que c'est une lutte à mener. Et que je suis bien plus à l'aise de céder perpétuellement mon tour à la petite sœur handicapée. Sans me donner l'occasion d'apprendre que nos besoins peuvent être émis ensembles, que chacun aura son lot d'attention, et que je n'ai plus à me sacrifier. Pourtant, ils ne sont pas fantasmatiques, ceux qui trinquent et attendent, les abandonnés du système, et je ne suis plus dupe, le mythe de la réussite au mérite n'a depuis belle lurette plus la même emprise sur mes ignorances concernant l'équilibre de ce monde. Tout se tient pour conforter chacun dans sa place, délester les dominants de toute culpabilité, responsabiliser outrageusement les dominés de leur situation, et faire croire que l'ascenseur social est une logique ouverte et inclusive, en érigeant les rarissimes cas de réussite (laquelle?) comme exemplaires des possibles à portée de main – pourvu qu'on le veuille vraiment, n'est-ce pas. Je m'égare. (Lire « Les représentations des groupes dominants et dominés » Fabio Lorenzi-Cioldi, pour s'éclairer les neurones sur le sujet.) La lutte est d'abord intérieure. Mais dois-je lutter ou faire de la place à tous ces mouvements: la peur, le désir, la culpabilité, l'envie? La peur exprime un besoin de sécurité dont je peux prendre soin, le désir et l'envie font moteur et carburant, courage et ténacité, la culpabilité peut s'effondrer sur elle-même lorsque j'éclaire l'absurdité des enjeux qui la font naître. S'empêcher d'exister pour céder la place aux autres n'a jamais fait de bien à quiconque. C'est un peu simplement dit, c'est un peu raccourci et trop aisément énoncé: le discours savant est bien tranquille de n'avoir pas au cœur ses palpitations, ses suées et ses angoisses. Je vais avec tout ça. - Vous faites autrement ? Comment ?

 

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
L
Oui c'est de toi, cette phrase. Quand on appelle Complexus sur Google, il apparait cette phrase d'un artile que tu as postée en juillet 2007 si mes souvenirs sont bons.
Répondre
C
<br /> <br /> ah! surprenant de ne pas se reconnaître avec évidence! quoique... :-)<br /> <br /> <br /> <br />
Y
Yaris !! Je demande à l'un et à l'autre, c'est féminin ? Réponse courant : C'est une bagnole...<br /> Ok, je laisse tomber.<br /> Laurence me parait bien plus masculin. Mais on ne choisit pas son prénom.<br /> <br /> Tu dis :<br /> "Tu crois que l'on porte tous nos..."<br /> <br /> Oui bien sur, tout à fait sur. Je n'ai pas arrêté de le dire.<br /> <br /> Je te cite "ce qui est tissé ensemble...Penser par soi-même, c'est courir le risque de se tromper..."
Répondre
C
<br /> <br /> tu sais quoi, chez moi c'est aussi visuel je crois: Yarisse... comme Borisse - ouais non... m'enfin tu vois l'idée! ;-) en même temps, ça m'est complètement égal hein!<br /> <br /> <br /> c'est de moi ça? "Penser par soi-même, c'est courir le risque de se tromper" ?? ça ressemble plus à une de tes phrases! :-)<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> <br />
Y
Non ce n'est pas Yaris qui trompe l'entendement. Beaucoup trop de voyelles..<br /> Sur d'autres espaces virtuels, on me prend souvent pour un homme. Sans doute parce que je suis en mode greluche améliorée. Avec un certain égo que l'on trouve plus souvent chez le mâle que chez la<br /> femelle.<br /> <br /> Bien sur Vauerly, vos réactions sont les vôtres mais bon, je vois plus loin que la beauté d'une mise en forme des lettres. D'ailleurs, c'est ce qui me sert et dessert à la fois. On me digère ou<br /> pas.<br /> Les trois quarts de la populasse sont dans une sorte de torpeur qui les empêchent de voir plus loin que leur bout de nez.<br /> Et j'avoue adorer secouer les narcisses !<br /> Désolée pour le dérangement et les grincements de dents que je peux suciter mais en réalité, c'est nécessaire à l'ouverture de certaine belle conscience qui fleurisse à l'ombre de leurs gros<br /> fronts...<br /> Bien à vous<br /> Laurence
Répondre
C
<br /> <br /> ah ben moi Yaris, malgré les voyelles, ça sonne masculin en moi, même si je sais la femme ! pour les autres je sais pas...<br /> <br /> <br /> tu crois pas que l'on porte tous nos torpeurs et que c'est ce qui rend celles de autres si insupportables? moi je crois.... et qu'en s'attaquant à celles des autres, en fait, on s'attaque à la<br /> sienne, qui s'en sort trop bien de n'être pas touchée là où elle se trouve.... je crois ça très fort, parce que chaque fois que je creuse ce qui chez les autres m'insupporte, je tombe sur des<br /> pièces de moi...<br /> <br /> <br /> <br />
L
(pour les photos) "Etre sage comme une image..."<br /> <br /> ...<br /> <br /> Vauerly, je souhaiterai savoir pourquoi vous pensiez que j'étais un monsieur ?<br /> Rire...<br /> Vous me verriez, je suis blonde, avec les yeux bleus, une gueule d'ange. Une jolie femme.<br /> Ce qui d'ailleurs est un handicap. Car on regarde encore bien trop souvent chez moi davantage la forme que le fond. Heureusement je prends quelques temps et j'y laisse cette beauté<br /> superficielle.<br /> <br /> Je veux redevenir l'être au monde ! Celui que je fus, dans mes premières années et retrouver ce délicieux amour intérieur qui me remplissait alors...
Répondre
C
<br /> <br /> c'est "Yaris" qui trompe l'entendement! je crois du moins...<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> <br />
V
Réponse au divin paradoxe:je ne comprends pas ta remarque (à propos de "ce qui m'épate...")<br /> Bien sur que lorsque je réagis à un texte de l'ami virtuel Complexus,je le fait en toute sincérité.<br /> Et ouiiii cela m'épate qu'il puisse dérouler et écrire autant de choses sur lui même à partir d'un seul mot (enfin bon,comme après il explique que le mot lui est venu à la fin...^^),une forme<br /> admirative qui vient peut être du seul fait que ma forme d'expression personnelle est complètement différente!:))
Répondre
C
<br /> <br /> c'est parfois tellement difficile de se faire bien comprendre par l'écriture, quand il n'y a ni regard, ni intonation, ni odeur, ni vibration pour donner aux mots leur couleur affective...<br /> <br /> <br /> si jamais, il va de soi que je n'ai jamais eu le moindre doute quant à cette sincérité, on se "connait"... "bien"... ;-)<br /> <br /> <br /> <br />
L
Je reviens au texte que tu as écrit.<br /> Dominés, dominants, point commun : la lutte finale<br /> Nous sommes perpétuellement et pour certains plus que d'autres en guerre intérieure.<br /> Je suis dans un combat perdu d'avance puisque je me bats plus particulièrement contre moi-même.<br /> Nous sommes de force égale et ca fait mal.<br /> Les temps de paix étaient si rares que je n'arrivais pas à reprendre mes forces.<br /> Ce mouvement incessant de mes armées m'entrainaient dans un courant contre lequel je nageais désespéremment. Maintenant, il m'arrive de tout lâcher et de me laisser aller à ce courant rapide et<br /> dangereux.<br /> Avez-vous déjà fait de la nage en eau vive ? J'en ai fait pendant trois ans. Entrainement en piscine puis dans des torrents.<br /> Au début, je luttais contre les eaux. Je sortais de mon périple comme une morte feuille. Il m'arrivait d'être blessée dans mon corps.<br /> Je n'écoutais pas le moniteur qui me disait : glisse, suit le mouvement, ondule comme l'eau..<br /> Non, il fallait que je lutte croyant que j'allais être engloutie par les eaux.<br /> Encore et encore. J'en ai soupé...<br /> Puis un jour,le déclic.<br /> Je me suis laissée emporter. J'ai eu très peur. Mon corps était comme une pierre. J'ai fermé les yeux. Je sentais cette masse bouillir autour de moi. J'ai pensé au ciel et aux oiseaux.<br /> Soudain, j'ai litéralement volé dans l'eau.<br /> C'était merveilleux. Le courant, l'eau agitée devenait soudain mes alliés et me portaient.<br /> <br /> J'en reviens aux dominés, dominants. C'est ainsi dans toute chose.<br /> Mais ce qui est certain, c'est qu'en moi, dominée, dominant la dominée et ainsi de suite.<br /> Pour une lutte finale : qui est celle de m'aimer, car je ne m'aime pas...
Répondre
C
<br /> <br /> le seul ennemi est à l'intérieur, n'est-ce pas...<br /> <br /> <br /> c'est une belle métaphore cette nage! ça doit être impressionnant en torrents, peine à imaginer!<br /> <br /> <br /> et complètement en phase avec ce processus décrit: guerre intestine, vaine et nécessaire, jusqu'à l'abandon, dans les bras d'un amour intérieur qui doit être sacrément délicieux.................<br /> <br /> <br /> <br />
L
"Ce qui m'épate, c'est qu'à partir d'un seul mot dans ta tête, tu puisses écrire un texte aussi riche"<br /> <br /> Aie ! C'est de l'humour ou de la franchise ?
Répondre
L
Comme Vauerly, j'ai eu l'image en lisant le texte de la tortue. Après les cubes, les carapaces...(-:<br /> Je voulais seulement suggérer que les tortues malgré le poids de leur carapace n'ont aucune difficulté. Nous n'avons pas de carapace effective mais il faut bien reconnaitre que nous nous obligeons<br /> à en avoir une !<br /> C'est un peu grégaire comme réfléxion mais je m'oblige à l'être pour ne pas justement oublier que je suis lourde, très lourde, parfois !
Répondre
C
<br /> <br /> c'est bien de pas oublier qu'on est lourd, bassement et lourdement humains, je m'y exerce aussi! ;-)<br /> <br /> <br /> <br />
V
Epatée quand même:p !!!<br /> Ton écriture est le reflet d'une élaboration psychique,que le mot arrive au début ou à la fin,peut importe,c'est l'ensemble qui fait sens...<br /> Mais du coup,à te lire,je me rends compte que j'ai moins regardé tes photos^^<br /> Bizz<br /> Ah oui si le monsieur aux tortues veut bien s'expliquer,je suis aussi preneuse:))
Répondre
C
<br /> <br /> il me semble, hein, que les images passent au second plan... ça me questionne, on ne m'en parle jamais ici, ou très très rarement, comme si ce n'était qu'un blog d'écriture, ou que les images<br /> n'étaient pas de moi.. mystère..! on a notre explication! mais Yaris est femme! merci de nouveau pour tes mots..<br /> <br /> <br /> <br />
L
J'aime la présence des tortues. Ces animaux ne mentent pas/ Elles vivent l'instant présent, au grand soleil dehors, au mauvais temps dedans la terre.<br /> Elles ne se racontent pas de salades, elles les mangent. Elles vivent à leur gré sans jamais d'agressivité. J'aime les regarder dans leur vie simple. Elles m'apprennent ce que j'ai oublié et me<br /> rappellent qu'on peut avoir une carapace et être libre !
Répondre
C
<br /> <br /> mince, je t'ai de nouveau perdue!! :-O c'est en lien avec le texte ou juste une remarque comme ça?<br /> <br /> <br /> <br />
V
Ce qui m'épate,c'est qu'à partir d'un seul mot dans ta tête,tu puisses écrire un texte aussi riche!:)))
Répondre
C
<br /> <br /> moins épatée si tu t'imagines que ça va plutôt dans le sens inverse: tout ça sort et j'entends "équilibre" tout au fond... ?? ;-)<br /> <br /> <br /> <br />
V
Il me vient une image en lisant ton texte...celle d'une balance,qui penche tantôt vers soi,tantôt vers l'autre...tenter (avec ou sans jeu de mot)de trouver l'équilibre...:))
Répondre
C
<br /> <br /> mhmh, c'est bien le mot que j'avais en tête en écrivant tout ça: "équilibre"... pouvoir petit à petit se laisser balancer du côté des autres... mais c'est aussi et surtout cette compréhension<br /> nécessaire que prendre sa place ne rime pas avec prendre la place des autres, que l'enjeu fondamental me semble être toujours le même: pouvoir coexister les uns à côté des autres..<br /> <br /> <br /> <br />