Par les mots et les images, témoigner d'une rencontre sensible et complexe avec soi-même, autrui et le monde.

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Effleurements

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Si je pouvais d'un bout tenir ce ciel dans ma paume. Je sors sur le balcon pour le voir de plus près. Quel espace, quel calme, quelle beauté... J'avais très envie d'être là-haut, sur la montagne qui se dresse, mais j'ai craint le froid. L'air s'enroule autour de mes bras nus, passe dans ma nuque, s'enfile sous mon t-shirt. Frais. Il ferme mes yeux, m'emmène là-haut, ailleurs. Loin. De peur d'avoir l'air ridicule, je n'ose tendre la main vers les cimes bleues. De peur de n'être pas assez doué, je n'ose me jeter dans l'air, rejoindre les rapaces en hauteur. Est-ce le temps qui s'est arrêté ou le ciel qui vient de se déposer sur mon épaule? Est-ce lundi ou dimanche, je ne sais plus. Suis-je en vacances? Cet immensité qui m'enveloppe et me berce, n'est-ce pas celle des heures libres? La lumière est si belle que je respire mieux. L'air est si doux que je n'ai plus sommeil. Si je pouvais fabriquer ce calme, je deviendrais ciel. Si je savais fabriquer cette lumière, j'aurais sans doute au fond du cœur un rayon de beauté permanent. Peut-être une source chaude d'espace et de paix. J'ouvre les yeux, sur le balcon, et je n'y comprends rien. Rien de rien. Pourtant c'est simple. L'air qui caresse ma peau, le ciel qui bute contre le fond de mes yeux, les couleurs dilatant mes pupilles, les rapaces qui planent sans un mouvement. Que veux-tu donc comprendre? Mais ça non plus je ne sais pas. Je respire et c'est douloureusement bon. Je regarde et c'est douloureusement beau. Je sens et c'est douloureusement agréable. J'ai un cœur qui pleure et l'autre qui rit. J'ai des sanglots qui chantent et des sourires qui s'étonnent. Le temps fait semblant de s'être arrêté, mais je ne suis pas dupe, et j'en suis tout retourné. Ça me rappelle une autre fois où il s'est arrêté, et j'étais aussi sorti sur le balcon. Mais c'était il y a dix ans. Et, en fait, il n'a jamais cessé de s'écouler, par le dessous, en douce. Le ciel n'a pas bougé d'un pouce, lui. Identique. Même profil, même carnation, même évanescente solidité. Ce sont les mêmes rapaces et j'ai le même élan qui oublie complètement certaines données de base – comme les six étages qui me séparent du sol et le fait que je ne sache pas voler. Et ce calme, cette beauté, je les reconnais. Pas la première fois qu'on se croise. Pourtant, c'est toujours la même chose: je n'y comprends rien. Et j'en ai l'âme à l'envers, une fois de plus. Ce douloureux bonheur. Cette indicible mélancolie, où rire et pleurer font le même bruit. La même grimace. Il me faut ressortir un moment. Goûter encore. Le tremblement du voile des parasols. Comme si quelque chose se tordait en moi, d'un mimétique mouvement. Mais décidément, le ciel ne tient pas dans ma paume. Vu que le ridicule – au contraire d'un saut du sixième étage – ne tue pas, j'ai tenté d'en saisir un bout. En vain. Mais le geste était bon à faire. D'ailleurs mon enfance imprègne chaque recoin de cette atmosphère, et enfant je n'aurais jamais hésité à tenter le coup. Alors... Sur mon épaule, ce n'est pas le ciel, c'est ma tête qui repose tendrement, bercée par la chanson de cette heure sans âge. Et je ne regrette qu'une seule chose, c'est d'accepter si mal qu'elle soit si rare. Que l'éternité soit si courte. Rentré à l'abri des immensités célestes, à l'abri d'un envol irréfléchi, je soupire en regardant la lumière disparaître, les couleurs perdre leur intensité, au souvenir encore vif de la brise sur ma peau frissonnante. C'est un soupir langoureux. Mais j'ai aussi un soupir d'aise, à sentir la paix qui continue de ronronner en moi, au milieu des coussins de muscles alanguis. Si je pouvais maintenant poser un baiser sur le front du ciel, je le ferais. D'ailleurs, enfant je n'aurais pas hésité. Alors je m'y risque. Et le voilà qui rougit un peu. Ô comme j'ai le cœur triste et gai.

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