Par les mots et les images, témoigner d'une rencontre sensible et complexe avec soi-même, autrui et le monde.

Calme. Le souffle régnant, maintenant. Les notes d’un piano recouvrant doucement le voile de pensées. Suspendu. Comme cette lumière pâle à travers la fenêtre, les branches enchevêtrées dehors, le profil d’une ruine plus loin, dans le contre-jour. Une journée. Encore une. De vie, de maladie, d’attente, d’agir, de rencontre, d’identique, de création, de musique, de rêverie. Encore une. Les mêmes tentations, les mêmes carences, les mêmes gestes. Quelques degrés de conscience supplémentaire sans doute, invisibles. Un regard ouvert, à nouveau, fermé de-ci de-là. La même recherche d’un même état. La répétition de ce qu’il y a de précieux dans le quotidien, de ce qui transcende d’un peu d’air, d’une griserie d’esprit, d’un épanchement sensuel, ce qui n’a rien de transcendant, ce qui se trouve là comme toujours. Le corps vivant, la tête pensante, le souffle puisant. La même danse toujours, renouvelée dans ses détails, à l’identique, semblable en tous points à ce qu’elle fut et ce qu’elle sera, et pourtant légèrement différente, assez pour renouveler le sentiment d’étrangeté, pas assez pour inquiéter. Tout ce qu’il y a de routine dans cette mienne vie. Tout ce qu’il y a de répétition, d’invariable dans la danse que je mène avec le quotidien. La nouveauté n’émerge que sous mes gestes : un nouveau texte, une nouvelle chanson, un nouveau regard, une nouvelle conscience. Un vertige devant ce portrait. Comme un vague dégoût, l’envie de dire : non ce n’est pas moi. Pourtant si. Je marche dans les ornières d’habitudes qui ne varient guères. Et j’en transcende le caractère ronronnant par cette poésie que j’installe partout entre la cruauté amère de cet immobilisme et l’ennui de mes sensations.