Par les mots et les images, témoigner d'une rencontre sensible et complexe avec soi-même, autrui et le monde.

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la cible

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En hâte, sautant le rituel de la douche, deux galettes de riz à la main, je suis sorti. Fuyant la meute de pensées qui s'acharnaient déjà sur mon cerveau avant même que je ne sois tout à fait réveillé. Une horde de charognards plantant leurs becs dans la chair agonisante d'un interminable questionnement. Vite, dehors, à l'air libre, peut-être un peu de paix, les jambes en mouvement pompant cet excès de sang mental, l'appareil photo pour projeter mon attention vers l'extérieur, oublieuse du conflit qui me ronge les nerfs, fait de ma colonne vertébrale une tresse sur-cuite, un réseau de nœud si serrés que plus rien ne sait les défaire. Tourné vers les images du dehors, les solitudes hagardes du petit matin, passant au loin dans le village désert, j'échappe à l'interrogatoire obstiné. Elle me manque à chaque prise de vue, son regard pour choisir avec moi le filtre, elle me manque et je sens bien que ce n'est pas si simple mais au moins ma tête s'arrête là. Je reviens à la capture et tombe dans le silence de cette quête esthétique où s'éteignent les mots. Un klaxon m'extirpe de ma concentration: cette femme rencontrée la semaine dernière, amie d'une amie. Mon intuition ne m'avait peut-être pas trompé: le trouble et l'excitation de sa voix, son arrêt au beau milieu de la rue, sa façon de me regarder de bas en haut malgré elle, avec une sorte de frénésie dans les yeux... Je me rappelle: deux fils de vingt ans, la quarantaine passée. Et moi la cible. Ah. Mes 30 ans d'âge mental s'accordaient fort bien aux 30 ans symboliques de celle qui n'est pas là pour m'aider à choisir le rendu de mes instantanés, et nos 38 ans respectifs officiels faisaient mon affaire. Confortable pour ne pas trop perturber la représentation frileuse de mon inscription dans le temps... Mais en réalité, j'en suis là, à pouvoir être convoité par une mère de deux jeunes-adultes qui ont à peine dix ans de moins que ma jeunesse imaginaire... Elle est partie vers sa marche et j'aurais bien aimé avoir tellement envie de cette rencontre que je lui aurais proposé de me joindre à son escapade, dont le caractère solitaire confirmait mon hypothèse de l'autre soir: mère célibataire. Mais non. J'étais mieux avec mes photos de silhouettes errantes et le léger manque de la jeunette absente.

 

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Y
Oups !!
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L
Voilà un exemple de votre don d'écriture. Cette façon d'arranger le portrait au temps en laissant une sorte de question suspendue dans l'air. Quel âge a t-il ?<br /> AHAHAHA ! Excellent !
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C
<br /> <br /> toujours surprenant de voir ce que les autres perçoivent dans ce qui n'en avait pas l'intention (consciente du moins)...!<br /> <br /> <br /> <br />