Je ne veux plus être hors du périmètre qui fait évidence.
Décision égoïste, qui m’ouvre au monde, me rend aux autres.
Que manque-t-il ? Quelles sont les hypothèses d’impossible ? Quelles sont celles qui en brisent les postulats ?
De quel instrument manques-tu pour faire basculer ton monde ?
Si tu connais déjà les réponses, d’où viendra la force qui suscitera le mouvement, déclenchera l’événement ?
Il faut pouvoir, à chaque instant, tout remettre en question. Jusqu’à l’ordre des choses, leur immédiate et certaine apparition. Il faut pouvoir douter du monde, au moins autant que de soi. Il faut se demander si cette configuration est l’unique façon, si ce que je crois est bien ma croyance, si mes cartes du territoire sont fidèles au terrain ou plutôt à la vision qui les créa. Dans quelle mesure as-tu gobé les grands mythes mondains ? Jusqu’où se sont-ils incorporés dans ta chimie, tes vaisseaux, connais-tu bien leur influence dans l’entrelacs de ta pensée ?
Il faut pouvoir se réinventer une géographie en propre, c’est-à-dire accueillir celle qui se trouve là, dans l’enceinte d’intimité, et déconstruire les évidences de l’entour, pour mieux reconstruire les géométries intérieures. N’avoir pour première mesure que le chablon des évidences ressenties. C’est un acte évolutionnaire, potentiellement révolutionnaire, créateur sans doute. C’est une foi, une immersion dans le défi moderne de la complexité. A chaque instant la possibilité se montre sous ses multiples visages, il faut choisir dans l’incertain, c’est une trace nouvelle dans un paysage peuplé d’empreintes.
Le questionnement suscite l’oubli, la question se perd dans l’acte qui la fait oublier, il n’y a pas de réponse instantanée, il n’y a que des réponses à retardement, des réponses différées aux allures de contingences, belles gueules de surprise et d’inattendu.
Tu avances, les jambes pleine d’évidence, sans savoir pourtant où elles te mènent. Pour apaiser l’esprit, tu n’as que la confiance accordée au sentiment. C’est un mouvement qui se propose et qui fait sa propre route, trace sa voie dans un espace si piétiné de certitudes et de balises qu’il faut lui réinventer sa virginité.
Pourquoi s’adapter à une réalité qui n’inspire que tiédeur et demi-teintes, quand il devient possible d’en créer une qui fait vibrer tout ce qui existe en toi, tout ce que tu es devenu ?