Par les mots et les images, témoigner d'une rencontre sensible et complexe avec soi-même, autrui et le monde.

Ce mirage que je touche du doigt, il résiste. L’attente enceinte d’une illusion s’apprête à enfanter d’un devenir véritable. Toutes ces années. Les heures d’infini labeur dans le champ solitaire, pain du désert et soif tourmentée. Terreur indicible d’avancer dans la pénombre, de phare en phare, toujours tombant dans les abysses d’une même nuit dévastatrice. Et cette montagne sans cesse plus grande, plus lointaine, plus méchante. Je m’approche. Toutes ces années. Le rêve au monde impalpable, l’inaccessible de soi, toujours se refusant, se laisserait-il apprivoiser ? La blessure sans cesse ravivée, à chaque geste butant contre la colline cachée derrière le sommet, la blessure de tant d’espoirs et de déconvenues, d’un royaume rendu fou par son étrangeté devenue comme définitive, la blessure dans le plexus, mortelle entaille dans le cœur du rapport, un impossible amour à s’adresser… la blessure reçoit les premières gouttes d’un baume fait d’or et de silence. A trembler de partout, tant le mirage était devenu réalité, tant plus rien ne ressemblait à l’évidence. Cette apparition décline les premiers frissons d’une émotion rendue sourde à force d’être inaudible. Le premier contact tangible avec ce qui n’avait pas de corps fait un choc. Croire. Pouvoir connaître le mariage des essences et de l’ordinaire, du rêve et de la vie. Le ciel se resserre et s’étrangle dans un vertige, une commotion qui laisse hagard les mille yeux de ma conscience. Il y a des étapes, de grandes stèles dressées au milieu des continents intimes, fières effigies dans les steppes arides. Je n’ose la regarder en face, celle dont la grâce s’annonce. Je l’aborde en aveugle, frôlant du doigt sa surface, afin que mes yeux ne me trompent pas.