Par les mots et les images, témoigner d'une rencontre sensible et complexe avec soi-même, autrui et le monde.

Dans la pâte molle de cette fin de jour, cet étang de bleu où voguent les lys blancs, cotonneux, le temps patauge, rame ses secondes avec lenteur. Une suavité des instants, mille billes de ciel qui roulent mon corps vers le repos, la fatigue. En langueur fine, les moments s’étendent, vont et viennent, retournent à leur commencement, s’arrêtent, s’allongent d’une respiration tout en ventre et rondeur, d’une langue qui ne cesse de renaître dans un même mot de fuite et de présence. Je me laisse prendre par la masse confuse de cette atmosphère sans début ni fin, où le monde n’a plus d’histoire, où ma vie se condense dans le ventre nacré d’une perle, sûre et pleine, aimée. Le sens se résume au sanglot de cette gorge d’homme. Pâle tremblement d’humanité devant le spectacle clos des existences. Le doigt d’esprit tournant une à une les pages d’un grand recueil qui questionne l’ultime, infiniment, je perçois ce qui n’a pas d’apparence, touche ce qui n’a pas de substance, devine ce qui n’a pas de forme. Je frôle d’un cil l’entendement, l’irraisonnable courant d’air, un vent dont seule la température trahit le passage. Au sommet des nuages, réfléchis de blanc, les derniers dépôts solaires font une dernière beauté avant celle des étoiles.