Par les mots et les images, témoigner d'une rencontre sensible et complexe avec soi-même, autrui et le monde.

Appel indistinct, quelque part où échapper. Tout poser, jusqu’aux mots, jusqu’au regard, jusqu’à la présence. N’avoir plus rien à porter. Plus rien. Au pied du sommeil, au pied de la mort, au pied de nulle part. Echapper. Voix de silence dans la brise, qui dépose au creux de l’oreille un soupir, une absence. Vers où ? Verte allée de terre anonyme, monts et collines qui respirent, ciel d’oubli. Le lobe caressé fait pencher la tête, le cœur s’étouffe, attend qu’on déchiffre enfin son langage. Tout autour, des oiseaux aux yeux intelligents improvisent le chant qui traduit ces élancements opaques, mais leur mélodie s’élève et devient un nuage tourné vers le cosmos, muet, rentré en lui-même. Un serpent qui se mort la queue. Une langue inerte devant le poids d’un verbe qui a cumulé tant d’années qu’il n’est plus prononçable, inarticulable tant son histoire écorche et blesse. Lieu où ne se reçoit l’objet que vidé de sa substance, par trop mêlée de rage, d’effroi, de doute pour être endossée, entendue. Il est là, à côté, dessiné dans un coin de conscience, reconnu dans son apparence, accueilli dans la distance possible. Mais il n’y a pas, dans le jour à jour, assez de vie contrant la rage, l’effroi et le doute pour laisser sortir leur infernale noirceur, toute la pénombre enfouie, la bruine noirâtre d’angoisse, la nausée vertigineuse devant le gouffre de chaque élément. Les pas se font de travers, avec la besace de ce trouble qui tire sur le côté, rend la marche plus difficile. Et l’enjeu de chaque avancée est travesti d’immense – quand un pas reste un pas, et qu’aucune sentence n’en définira les termes à jamais. Jouer n’est pas possible, sur cette étendue de vulnérable, tout tient de la brisure, une fine tranche d’ardoise. Peau nue livrée aux coups, qui précipite l’urgence à se retrancher sous la membrane protectrice d’une distance. Coupure. Coupure tenant à l’écart le douloureux, mais œuvrant par là-même une autre douleur, un isolement, une île sans pont, un corps à l’abris, mais détaché du continent.