Par les mots et les images, témoigner d'une rencontre sensible et complexe avec soi-même, autrui et le monde.

A l’orée flambante du jour, j’ai reçu ton message comme une lettre de feu, un papier de lumière. Soulevé de ma nuit dans la lueur surprenante de tes mots, tiré définitivement du sommeil par ces quelques paroles venues illuminer tout ce qui résidait encore dans un nuage de pensées nocturnes. Je m’étais couché avec l’interrogation sans fin, courant sous l’oreiller, vibrant parmi les particules de nuit, à fleur de mon sommeil. J’avais hésité à te demander la paix d’une autre réponse à la même question. Cette question qui revient sans cesse, grandit dans les tremblements de ma chair, se nourrit de toutes les turpitudes de mon sang. J’ai pensé un instant à te l’envoyer une fois encore, tandis que son tumulte menaçait doucement l’entrée dans mes songes. Mais j’ai eu la sagesse de l’emporter avec moi dans les oublis de mon sommeil, de l’étouffer pour une nuit encore dans la paix de ma conscience endormie. La chaleur de tes mots, reçus à l’aurore, n’en a été que plus tendre. Parce qu’elle fut inattendue, cette chaleur m’a fait une tendresse plus grande encore. Me voici rejoint là où je suis, me voici moins seul dans cet espace étrange où je me retrouvais seul, mais où nous avançons ensemble à nouveau, partiellement aveugles, sans bien savoir, jouant avec les ténèbres par lesquels nos mains se rejoignent peut-être, s’éloignent peut-être. Ces mots que tu apposes là où une place leur était destinée, là où l’attente les convoitait, ces mots de l’aurore annoncent à l’orée de mon jour une promesse revenue à la vie, retournée aux possibles que je craignais avoir déjà perdu. Cette promesse n’a pas besoin d’être tenue, je me fous bien de savoir qu’elle soit tenue ou non, j’ai seulement besoin d’en entendre la voix, de la sentir nous relier dans l’inconnu qu’elle ne saurait rassurer. Elle rassure mon présent, elle m’assure de partager avec toi ce présent dont nous ne connaissons que cette même promesse, qui ne sera peut-être pas tenue, mais par laquelle nous nous trouvons sans doute liés dans un même espoir, celui d’y allonger nos rêves, nos élans, nos désirs.