Par les mots et les images, témoigner d'une rencontre sensible et complexe avec soi-même, autrui et le monde.

Je retourne là où je ne suis pas. Je traverse le pont d’une musique qui fait retour, m’entraîne vers l’antériorité de mon temps, dans une mémoire imaginaire où tout de la vie est plus doux, plus intense, plus merveilleux encore. Mon corps est dehors maintenant, transporté soudainement de mon lit à un talus d’herbes fraîches, faisant face au vent, au soleil finissant son jour, à ce mouvement si précieux des graminées dans l’or du couchant. Le rêve reprend forme, m’installe dans son corps nébuleux, aux confins du songe, dans une hébétude qui ne pourrait être plus confondante. Effleuré de partout par un sentiment qui résiste à toute nomenclature, les lustres de notre connivence ne changeant rien à l’affaire. Je ne sais toujours pas son nom, il ne me l’a jamais dit. Je ne comprends toujours pas de quoi il me parle, depuis son silence aux mille sonorités, aux mille échos, pourtant j’ai la certitude qu’il s’adresse à moi et qu’il me porte un message qu’il me faudra bien finir par déchiffrer. J’ai comme ça la croyance qu’il m’indique un chemin. Depuis les lustres de notre connivence, je ne cesse de penser qu’il m’adresse une direction, qu’il tente mes choix. Cet effleurement de notre rencontre jamais complète, mais si douce, intense et merveilleuse qu’il m’est impossible de l’ignorer, cet effleurement fragile, où je ne comprends plus trop bien ce qu’il m’arrive, sinon l’intuition d’une chose importante à ne pas ignorer, cet effleurement semble m’interroger autant que je l’interroge. Et aucun n’a de réponse pour l’autre. J’entends les questions incompréhensibles qu’il porte aux pieds de mon existence, mais il reste sourd aux interrogations que je lui rends, me laissant seul avec cette double confusion, cet amas d’interrogations sans fin.