Par les mots et les images, témoigner d'une rencontre sensible et complexe avec soi-même, autrui et le monde.

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Concave

 

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Besoin de ma présence poétique, profonde, pleine. Sensible. Sensuelle. Organique. Intense. Besoin d’être là. Besoin de sentir. De tout arrêter, tout suspendre. Tout rejoindre. D’éprouver le temps, durée et fuite, absence dans chaque instant de présence, goutte à goutte. Je vois le détail, le fragment, je le saisis du regard dans l’ensemble, j’entends le bleu du ciel, sens la musique contre mes bras nus, je goûte le froid derrière la vitre. Tout s’organise autour de moi, tout se relie, s’arrange.  Je peux à nouveau rencontrer l’étrangeté, la familière impression d’étrangeté, qui met à distance et rapproche, sépare et mélange. L’immobilité où se nouent tant de mouvements. Du lieu sans précipitation, remarquer l’effroyable cadence des jours, l’inquiétante dérive des années, la beauté de ces étendues millénaires. L’importance des choses reprend chair. Une réelle méditation d’où je contemple ma vie avec plus de considération, la notion plus nette d’une valeur, d’un cadeau et d’un gâchis, où semblent se déposer en moi des repères, qui sinon s’effacent dans la course régulière et monotone des jours. Qui sinon m’emporte, me fait décrocher du terrain auquel je peux appartenir, m’identifier, me reconnaître. Prendre le temps, la liberté, la naïveté, le luxe, l’insouciance, de regarder longuement les mouettes voler haut dans l’azur, se développer le ventre d’un nuage, les jeux d’ombre contre les murs que le soleil frise, le léger mouvement des branches qui balancent. Se permettre. Renoncer à toute prise, à toute compréhension, à toute intervention. Recevoir ce monde, s’y recevoir dans l’étonnement et le silence. En être concave.

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