Par les mots et les images, témoigner d'une rencontre sensible et complexe avec soi-même, autrui et le monde.

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5 - De là où je suis



Elle peut paraître naïve et fantasque cette passion. Lubie qui danse vainement sous le front de ton indifférence. Il suffit de ne pas être habité, d’avoir perdu contact, de ne l’avoir jamais trouvé. Il suffit d’un peu de distance, et le doute s’installe. La voix d’une autre sagesse entonne alors ses refrains, serine du haut de sa science exacte les résumés de son bagage. Pleine de suffisance, pour un peu elle rirait de toutes ces fantaisies qu’un cœur où l’enfance et l’adolescence ne sont pas mortes ne peut s’empêcher de nourrir.

              Et il ne te reste rien pour croire à ta maladie, sinon ce nébuleux souvenir des sensations, ce réseau soudainement dévitalisé de fibres et d’images qui te font ordinairement voyager dans le plus grand embrasement de ton intériorité. Peut-être peux-tu profiter de cet apaisement pour considérer les pièces de ton royaume avec un autre regard, y comprendre d’autres besoins, y soutenir d’autres structures.

              Qui ne porte pas ce désir ? De voir sous sa main se modifier progressivement la glaise de sa vie, prendre peu à peu une forme à laquelle il puisse s’identifier, se reconnaître. Le commerce est infiniment plus complexe qu’une simple projection, qu’un modelage sans réciprocité, sans allers-retours et négociations d’échange : marchandage incessant entre la donne et le désiré, le plan et la trajectoire, l’instant et l’histoire, le récit et l’accident… Mais il existe, différente dans sa continuité, une combinaison synthétique, une assemblée plénière de cet imbroglio, un instant « t » où les pièces du puzzle trouvent leur place (avant de devoir la perdre et se réarranger à nouveau), l’instant où une forme complète advient du fond indéfini, une organisation totale transcendant la somme des parties en jeu – ce saisissement rond d’évidence ressentie… Et dans la multitude des configurations du paysage, dans l’infinie diversité de son remodelage, peut-être existe-t-il malgré tout une constante, une entité fondamentale autour de laquelle se collent les contingences comme autant de morceaux de ferraille sur un aimant. Point de naturalisme ou d’essentialisme, point de croyance en une nature première ou une pure essence vierge de tout contact avec l’altérité, visions simplifiantes, mythes passionnels, mais l’émergence d’un ressenti global en lequel toutes les contradictions, les divergences, les différences nées dans le temps, se marient, trouvent leur place.

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