Par les mots et les images, témoigner d'une rencontre sensible et complexe avec soi-même, autrui et le monde.
Ces gestes et ces attitudes qui, quelque soit l’effort pour les contrer, reviennent sans cesse. Ils parlent mieux de toi que tu ne saurais le faire. Eteindre la pensée, s’observer agir et saisir en quelques traits le portrait de soi qui se propose là. Toujours, cet involontaire. Il forme l’inconnu renouvelé. Son répertoire est fait de ce à quoi tu ne sauras échapper. L’ignorer revient à mal se connaître, manquer de soi de bien révélatrices facettes.
Eteindre tout à fait la pensée et faire l’inventaire de cette panoplie de comportements qui rattrapent toujours la fuite, qui lèse la volonté. Observer d’un œil distant les trajectoires de ton corps sur la carte que tu lui as dressé de tes intentions. Les endroits où il s’attarde, ceux qu’il évite, les recoins où il va se reposer, l’endroit interdit où pourtant il s’obstine à retourner sans cesse… C’est bien ça qui existe, et cette danse ne se fait pas au hasard, elle a un sens, une signification, ses pas sont très finement orchestrés, sa cadence organisée, il y a comme une partition qui se joue-là, quelle que soit l’appréciation que tu peux faire de la justesse des notes, de la beauté ou de la laideur des harmonies, de l’ajustement des rythmes, c’est ta danse, ton être au monde, ta façon d’y habiter, et il y a dans ton comportement tant de signes à traduire en propriété de ta personne.
Confuse, inaudible, troublée, tronquée, cette organisation sous ton œil qui ne peut se défaire simplement de ses prismes, qui ne peut aisément voir les choses comme elles sont. Mais cette gestuelle qui semble entraver ton mouvement, bien au contraire tente sans doute de te ramener à toi, ce qui t’empêche d’être ce que tu veux pourrait bien s’avérer plutôt l’expression même de ce que tu es.
Ainsi, cet inconfort est une nécessité. Il n’y a pas à le désirer autrement. C’est une rencontre à faire. Sa présence est pleine, et toi seul le sait, toi seul peut en comprendre les motifs, toi seul peut sentir sur quels points constitutifs cette claudiquerie fonctionne. Elle est si sensible, si subjective, si propre à la singularité de ta présence et de ton intériorité, qu’il faut y être, en cette intériorité, pour la comprendre tout à fait.