Par les mots et les images, témoigner d'une rencontre sensible et complexe avec soi-même, autrui et le monde.

Troubadour, sur la route, à récolter les grappes d’images qui pleuvent. A se coltiner le chemin, la pieuvre démente sous la semelle usée. Un glaviot s’écrase dans la poussière, un caillou vole shooté par une pointe de dépit, petit bout de matière payant pour l’inconsistance du reste. Les pas n’ont pas d’adresse, sinon le sol, pas de motif sinon l’équilibre. Ce monde fait une drôle d’histoire à habiter. Difficile de ne pas s’y donner des raisons, des excuses et des explications. Mais on peut tout aussi bien lire les nuages. On peut tout aussi bien plonger la main dans la vase, en espérant tirer du limon la fin du doute, la fin de l’espérance – le début du présent. C’est à ne plus croire en grand chose. C’est à entrevoir l’infini du trouble, le vide entre les parois rachitiques du réel. Rire ou pleurer de l’être devenu semble d’une dérisoire prétention, le dépassement est tel qu’il semble illusoire d’en toucher le moindre bout. En quoi suis-je fait de ma décision ? Jusqu’à quel seuil la force de mon choix porte-t-elle mon visage ? Le vertige de cette distance qui s’installe, lèvres interdites devant l’interrogation, signaux d’un lointain qu’aucun sentiment ne résume, qu’aucune parole ne traduit. Le caillou roule plus loin, va se perdre sur l’étendue de gravillons, pauvre tapis qui mène aux prairies attendues, où l’explication tombe dans l’oubli.