Par les mots et les images, témoigner d'une rencontre sensible et complexe avec soi-même, autrui et le monde.

Au pied de ce temps, se joue le chargé de vie. Là, au bord des instants, sur la frange qui s’enroule, tout contenu au frêle passage. Chaque réponse ne se donne qu’à la merci de ce glissement sans fin. Chaque appel ne s’entend qu’au présent de cette fuite éternelle. Rester donc sur le fil, en équilibre sur la maigre parcelle de consistance qui seule peut rendre compte de ce qui est. Dans l’organisation éphémère des sens se dépose, décompose et recompose, toute la complexité du vivant en jeu, comme une trace, une empreinte. A peine déchiffrable, elle disparait pour celle qui la suit, revient, laisse dans l’atmosphère un parfum mystérieux, se métamorphose peut-être. Compréhensible, elle s’installe et résiste jusqu’à prendre corps dans les gestes de celui qu’elle visite, ou meurt de n’avoir pas été reconnue. Au bord des instants, tout s’annonce, là. Il pourrait n’y avoir qu’une suite d’élan, que les pensées laisseraient libre de se développer, d’être accueillie. Une suite d’envols, de retraits, d’approches, d’hésitations, dont rien n’endiguerait le déploiement intérieur, dont nulle instance ne viendrait contraindre ou déformer le message. La possibilité d’advenir à l’écoute, au ressenti, en une âme prête à s’affranchir de ce qui n’est pas de son ressort, des vies qui ne lui appartiennent pas, dont elle n’est pas responsable, créerait un rapport d’infinie créativité au monde. Les cadres communs voleraient en éclat sous l’assaut de cette force vive, de ce mouvement libre d’être ce qu’il est, d’assumer la vitalité dont il est fait, au-delà des consensus et des conforts, sur la brèche du temps, au bord des instants, à la porte d’une pleine existence.