Par les mots et les images, témoigner d'une rencontre sensible et complexe avec soi-même, autrui et le monde.

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L'attente des choses importantes




J’attends. Non, ce n’est pas moi qui attends. C’est mon être. Ce n’est pas ma décision d’attendre. Ma vague décision, c’est de me soumettre à cette attente dont mon être est tout entier rempli. En attendant, je ne fais rien. Entendons-nous, ce rien n’est pas tout à fait rien, c’est un rien relatif. C’est-à-dire que je fais des choses, en réalité. En réalité je m’active à faire des choses qui ne concernent pas cette attente, cet être en attente auquel je me suis soumis – on pourrait dire accordé. Je préfère dire accordé – c’est qu’en me soumettant à cet être, je suis souvent obligé de constater que je finis par être plus accordé à moi-même. Bref. J’attends donc, en faisant des choses. Des choses que mon attente supporte, auxquelles elle s’accorde devrais-je dire. Je ne fais rien parce que ce que je fais n’a pas d’importance : je m’occupe, jusqu’à ce que l’attente finisse. Les choses pratiques présentent cet avantage de pouvoir être faites en ayant la tête ailleurs, en ayant l’être en attente, par exemple. Une chose, cependant, parmi celles que je fais par défaut (puisque je ne peux m’intéresser aux choses importantes de mon existence, du moment où je me suis accordé à cette attente – toute entière concernée par les choses importantes de mon existence) une chose, où je trouve la vérité de mon être, une chose cependant est importante : marcher. Je marche. Longuement, dans l’herbe, sous le soleil, entre les arbres, au milieu des oiseaux, à côté des ruminants, je marche. Et tandis que ces derniers ruminent l’herbe que je foule de mes pas plein d’une sorte d’importance, je rumine pour ma part le silence dont mon attente gouverne mon esprit. Et je dois avouer, tristement – c’est-à-dire que c’est avec une certaine tristesse que je me fais cet aveu – je m’avoue que ce silence que je rumine gouverne ma pensée : je ne pense pas à grand-chose. Je ne pense à rien. A rien d’important en tout cas. Ce qui est important pourtant, c’est de marcher, je sens cela de façon diffuse, il me faut marcher, marcher me fait du bien, confusément je devine que marcher me fait du bien. J’ai une théorie à ce sujet : marcher empêche mon corps de s’installer dans la même attente que mon être. C’est une théorie qui vaut ce qu’elle vaut : pas grand-chose (qui donc à vu le corps en mouvement ne pas être, même mortellement), une théorie qui ne vaut pas grand-chose. Mais je la trouve jolie, et cela lui confère, à mes yeux, sinon de l’importance, du moins une certaine valeur. L’élégance d’une théorie est toujours importante (ce n’est pas Einstein qui me contredirait, un alibi qui a son importance). D’ailleurs, avec ou sans théorie, j’avance. Bravant l’attente, le silence et les choses sans importance, bravant de mon corps en mouvement l’immobilité de mon être (c’est une façon de parler, qu’on se le dise), j’avance, coûte que coûte. Et ça ne me coûte pas grand-chose, d’avancer en marchant, ça ne me coûte rien à vrai dire. C’est en tout cas ce qui me coûte le moins. De l’ensemble des choses que je fais en attendant que l’attente cesse, c’est de marcher qui me coûte le moins. D’ailleurs, quand je pourrai à nouveau m’occuper des choses importantes de mon existence, quand l’attente s’en sera départie, quand mon être sera sorti de l’attente et que je me serai accordé à sa nouvelle disposition, je continuerai de marcher ainsi, là où chaque pas est important et où s’accordent les mouvements de ma vie.

 

 

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B
Tant de choses sombrent et vibrent en moi dans ces va-et-vient, qu’à vrai dire je ne sais plus vraiment qui du voyage où bien de moi est le nomade. <br /> Oui, sans doute, une différence seulement dans les pas qu’il serait bon de danser, encore que.
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C
<br /> Encore que, effectivement: Danser est, pour moi, un point culminant de joie parmi les rythmes de la marche !<br /> <br /> <br />
B
Marcher incombe aux êtres qui savent agrandir leur espace en faisant du sur-place. Toutes les routes nous conduisent à nous-mêmes. Il nous teste à danser !
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C
<br /> J'aime les échos de ces voyages d'expansion, sans bouger, puis en traversant le monde, puis sans bouger à nouveau. La différence n'est pas si grande. N'est-ce pas<br /> ?<br /> <br /> <br />