Par les mots et les images, témoigner d'une rencontre sensible et complexe avec soi-même, autrui et le monde.

Par le corps un autre chemin se dessine. S’impose. La décision est une capitulation devant ses forces maîtresses, ne laissant d’autre alternative que la souffrance. Souffre ou change. Et, encore, la décision est pauvre : elle préfère la souffrance tant que son poids est moindre que celui du changement. Il faudra attendre la bascule, sous la flèche du temps, qu’elle avance jusqu’au point où quelque chose de l’insupportable s’annonce. Là, tout d’un coup, la décision semble décider. Elle capitule, en fait. Elle renonce. Sans pourtant assumer sa défaite, à se faire croire que toute la gloriole lui revient, quand c’est l’organisme qui règne souverain, modeste, discret, mais d’une masse implacable. Nous avons beau connaître, le danger, la promesse de maladie, la complication, le risque, il en faut la manifestation concrète, jusqu’à la zone la plus perturbée, pour qu’enfin toute la conscience, toute la sagesse, s’accomplissent en geste, en soins. C’est qu’à notre savoir, le sentir doit suppléer, bien souvent, pour que s’agisse enfin l’évidence – si bien prononcée, si mal réalisée. A notre concevoir, le réel doit brutaliser, à notre pensé, la brûlure doit enseigner, pour que le mot se gorge de sang, que la parole se forge de sens, et qu’à la place du discours prennent possession le geste concret de ce lieu difficile, au-delà des théories : changer.