Par les mots et les images, témoigner d'une rencontre sensible et complexe avec soi-même, autrui et le monde.

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Le flou des contours




Quelque chose n'allait pas ce matin. J’ai senti, sur le chemin, à l’aube, que la solitude avait passé les bornes. Fallait que je lui mette des limites, et sans tarder. J’ai causé un moment avec une imaginaire demoiselle – pas tout-à-fait imaginaire d’ailleurs. Mais ça n’a fait qu’empirer la chose, la chose de solitude. Il y avait mon ombre devant moi, et je voyais bien qu’elle était entourée de lumière, indéfiniment, complètement, plongée ainsi dans un océan de lumière pas très rassurant, j’ai bien vu ma solitude, là-dedans, se refléter dignement, follement. Je sentais se déréaliser toute ma contenance d’Homme, les bornes de mon corps s’étioler dans la lumière, le dehors et le dedans confus de ne plus savoir se distinguer. Je me suis senti disparaître, dans cette ombre, ou dans cette lumière, me suis senti disparaître, devenir flou dans la confusion qui me gagnait, perdre les contours nets de mon ombre, me diluer dans le paysage, me perdre dans la lumière folle. La demoiselle imaginaire n’y pouvait rien faire, manifestement. La demoiselle réelle aurait sans doute pu y faire quelque chose. Elle n’aurait pas eu grand-chose à faire d’ailleurs, être là aurait suffit, dessiner son ombre sur le sol, devant nous, et la mienne aurait pu se reposer un peu contre la sienne, assurer ses frontières contre celles de sa complice. Mais ce n’était pas le cas, et je me sentais défaillir devant le totem sombre de ma solitude, l’emblème ombreuse de ce qui devenait tout d’un coup insupportable, vaguement dangereux. Je perdais le sentiment de ma réalité, et ça ne présageait de rien de bon. C’était le signe qu’il fallait me détourner de l’ombre, revenir face au soleil, et retourner au monde des vivants, au monde des ombres qui se touchent et se soutiennent. Les ombres portées. Les ombres visibles. Sensibles. Les ombres qu’on peut toucher, si bien que la nôtre se réalise, devient réelle dans la reconnaissance d’une semblable. J’ai tenu bon, pourtant, avançant avec précaution, retenant l’angoisse au creux de ma poitrine pour l’éviter de déborder, la retenant au centre de mon corps comme ultime repère, comme ultime assurance de mon consistance d’Homme, bien réel dans sa chair, vibrante d’une angoisse qui tire la sonnette d’alarme et veille au grain – au grain de folie –, dresse entre la folie et ce corps un grillage de sensations qui grésillent comme un grillage sous haute tension. J’aurais pu faire demi-tour aussitôt, mais quelque chose voulait jouer sur ce fil tendu au-dessus de l’abîme, funambule grisé par son vertige, Homme vibrant de sentir la fragilité de sa consistance, aux portes d’un royaume de folle lumière où toute silhouette n’est plus qu’un spectre diaphane et irréel. J’étais loin de tomber, mais je pouvais sentir la corde sous mes pieds, tendue, oscillante, fine tranche de solide sur laquelle ma vie tenait en équilibre, ligne de survie sans filet de secours, si drôlement fidèle à la réalité de l’occasion qui m’est donnée d’être là, marchant avec la perche de mes significations entre les mains, équilibriste sur le fil de mon existence.

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B
Je lisais dans cette sentence justement le fait que la solitude est un excellent support pour transiter vers la (re)connaissance de soi. <br /> Et si, elle ne forge pas un caractère, elle y contribue. Le caractère n'étant néanmoins qu'un reflet qui n'a du sens que lorsque nous ne sommes pas seul, ou plus seul.<br /> D'autre part, le seul de soi est, je crois, l'évidence de chacun, losqu'il vagabonde dans ses déserts.<br /> Bien à toi et merci de cette réponse.
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C
<br /> ok, je te rejoins !<br /> "le seul de soi est l'évidence de chacun"... jolie pirouette - c'est une pirouette que j'ai dû faire pour comprendre, désarticuler l'ordre de ma pensée, mais ça valait le coup, très belle<br /> proposition de l'ontologique solitude, je trouve...<br /> (j'avais écrabouillé ton com' sans faire exprès...)<br /> <br /> <br />
B
"On peut tout acquérir dans la solitude,hormis du caractère."<br /> Stendhal, De l'amour
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C
<br /> tu sais quoi, je vais avoir une réaction un peu pince-cul: j'ai de la peine avec les sentances en noir et blanc... Pourtant j'en fais sans doute un bon nombre. Mais le<br /> passage par la solitude pour savoir qui l'on est me semble utile (nécessaire pour moi mais peut-être pas pour tout le monde), et comment avoir du caractère sans savoir qui l'on est ? Sinon d'un<br /> caractère qui n'est qu'un "sale caractère"... Tu vois ce que je veux dire ?? ;-)<br /> <br /> <br />