Par les mots et les images, témoigner d'une rencontre sensible et complexe avec soi-même, autrui et le monde.

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Lueurs ultimes



J’avançais dans la nuit naissante, poussé par les vents du sud, les vents chauds des continents d’autres méridiens. A l’orée d’un nouveau sommeil, une vache s’arc-boutait contre le barbelé de son champ pour grappiller, de l’autre côté, quelques brins d’herbes, plus verts peut-être, plus juteux, plus désirables de cet effort qui griffait son cou peut-être. Le vent s’arc-boutait contre moi pour me faire plier sous le poids de son voyage, son expérience, l’expérience de celui qui a traversé les continents, à moins que ce ne fût moi qui m’arc-boutait contre lui pour imposer mes misérables forces, mon expérience d’Homme qui brave le vent. A moins que nous nous appuyions les uns contre les autres pour se tenir réciproquement debout, avancer, subsister, chaque force grandissant au contact de l’autre. Au loin les luminaires d’une ville s’enfilaient entre les hautes montagnes, petites lumières, vacillantes, misérables et impressionnantes, s’enfilant doucement dans la vallée qui glissait entre les montagnes, mastodontes d’imperturbable contenance. Pendant ce temps, sous le ciel aux eaux turquoises, les vaches broutaient une herbe bleue, une herbe de nuit, et le vent les avait libérées des insectes, mais il ne libérait pas l’Homme de ses inquiétudes, qui soufflaient sans fin jusque dans la vallée de ses côtes, tenant sous leurs vagues l’océan puissant d’une force bleue, une oppression sur son cœur, un poids sous ses épaules aux forces misérables, un poids de vent, un poids de montagnes, un poids du temps, toutes ces pesanteurs arc-boutées sur son cœur vacillant. Sous le ciel turquoise, ses yeux se fermaient sans pouvoir reconnaître la couleur du ciel, mais en y voyant les abysses insondables d’une nature à laquelle il ne pouvait appartenir qu’en étant le plus mince, le plus fébrile, le plus misérable des brins d’herbe, ployant sous le vent, sous le ciel des vaches, ainsi seulement pouvait-t-il appartenir à ce à quoi il ne pouvait échapper. Au loin, dans sa luminosité pitoyable, continuait de s’enfoncer, dans la nuit et entre les montagnes, l’agitation des Hommes, pâle phosphorescence de la ville luttant de ses forces vives contre l’encre noire du ciel qui perdait ses dernières lueurs, entre vert et bleu. Il y avait dans ce spectacle, la manifestation la plus commune à travers tant de continents, des forces grandioses se mesurant au seuil de la nuit, mais sous lesquelles l’âme humaine ne pouvait que s’arc-bouter pour tenter de tenir debout, pour ne pas céder, sans s’éteindre comme une ultime lueur dans l’obscurité naissante.


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L
J'aime le rythme et la tension que ces arc-boutants donnent à ce texte, image réitérée à des échelles différentes de la pâle lutte que les êtres mènent pour échapper à ce qui leur échappe…
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C
<br /> C'est l'effet qu'ils me faisaient, content que celui-ci soit partagé, communiquable ! Merci Annick..<br /> <br /> <br />