Par les mots et les images, témoigner d'une rencontre sensible et complexe avec soi-même, autrui et le monde.

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Signes d'absence



Rien. J’ai marché et rien. Tout le long : rien. Je marchais la tête baissée, la tête rentrée, tout à l’intérieur, rien à l’extérieur. J’aurais pu être n’importe où, à moins que le lieu y fût pour quelque chose, peut-être, en tout cas le lieu ne m’a pas tiré un seul instant dehors, rien qui n’ait rencontré le dedans, tout enfermé dans une absence, une indifférence. J’ai marché sans voir, sans regarder, indifférent aux choses du dehors, mais pas vraiment concerné par les choses du dedans non plus. Où étais-je donc ? Je n’en sais rien. Pas là, absent. Peut-être quelque part où j’aurais préféré être, sans doute, quelque part et je n’ai pas su où, je n’ai pas entendu. Je n’ai pas su entendre, au moment où, par habitude, je me suis mis en chemin vers ce lieu en passe de devenir habituel, à ce moment là, où partir s’est fait à l’aveugle, automatiquement, je n’ai pas entendu que je n’en avais pas le désir, enfin si, je l’ai entendu mais je ne l’ai pas écouté, et quoiqu’il en soit l’habitude m’a emporté là où, sans doute, je n’avais pas envie d’être. Pas étonnant ensuite, finalement, que mon désir s’absente et qu’il ne m’en reste rien, qu’il ne me reste rien une fois là où je n’ai pas le désir d’être, rien à partager du dedans avec le dehors, sinon cette indifférence, cette coupure, cette absence. Mon absence trahit ce que je n’ai pas su entendre, peut-être, il se pourrait bien qu’elle dise sans détours l’absence de mon désir, cette absence de ma présence, il y a des chances qu’elle ait su me faire entendre finalement ce que j’ai pas écouté, ce qui, si je n’avais pas été aveuglé par l’habitude, aurait pu me rendre à ma présence, là où mon désir m’aurait guidé, là où il m’attend, tout concerné qu’il doit être, sans doute, par mon absence.


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