Par les mots et les images, témoigner d'une rencontre sensible et complexe avec soi-même, autrui et le monde.

C’est après, parfois, qu’il se passe quelque chose. Parfois, c’est après avoir marché qu’il se passe quelque chose. Comme cette joie, maintenant, une joie gratuite qui m’est venue soudainement, sans raison. Cette fois, justement, c’est après avoir marché qu’une joie s’est emparée gratuitement de moi. Quand je dis gratuitement, c’est que je ne comprends pas pourquoi. Je dis gratuitement parce que je n’ai rien fait pour la mériter, et la voilà qui me tombe dessus comme un vent frais et léger, rendant toutes choses plus légères et plus fraîches, rendant la vie aussi fraîche et légère qu’une brise passant accidentellement par là. C’est vrai, c’est une joie sans motif celle qui m’est venue soudainement. Je n’ai aucun motif à être joyeux, maintenant, après cette marche, pourtant pourrais-je un seul instant nier ce sourire intérieur, ce rayonnement d’énergie et de légèreté qui s’est emparé de moi ? J’ai plutôt marché à contrecœur, pour tout dire, je suis allé marcher pour l’effort, pas pour le plaisir, c’était une marche décidée et j’ai marché sans joie. J’ai décidé d’aller suer toute la saleté de mes ennuis, de décrasser mes veines du remugle pourrissant de mes ennuis. Peut-être est-ce pour cela, cette joie après la marche, peut-être cela a-t-il marché, cette intention poétique de faire la vidange, cette impression de pouvoir décrasser mes artères, dégager les scories de mes turpitudes en suant un bon coup, en suant à force de marcher contre la pente et la chaleur, sans plaisir, sans joie. C’était le motif de ma marche, mais est-ce la cause de ma joie ? Peut-être, et puis quoi. On s’en fout, je m’en fous, je pose la question pour la poésie, pour jouer avec le rythme des questions qui s’enchevêtrent et s’emmêlent, se retournent sur elles-mêmes gratuitement, pour m’enrouler encore un moment dans la joie qui me tient dans sa légèreté et me donne envie de m’amuser avec les choses, avec la vie, avec les mots. On ne va pas s’excuser d’être joyeux, même si c’est gratuitement ! Manquerait plus qu’à devoir payer sa joie pour la vivre joyeusement, merde, ce serait la meilleure. (Ce n’est pas par hasard que je dis cela, ce n’est pas tout à fait gratuit comme propos).