Par les mots et les images, témoigner d'une rencontre sensible et complexe avec soi-même, autrui et le monde.

Ce sur quoi j’avais l’habitude de m’agiter, mais est-ce cela je n’en suis pas sûr, ce léger malaise sur lequel j’avais l’habitude de m’agiter, une sensation diffuse dans la poitrine, diffuse et désagréable, j’y réagis différemment, si c’est bien la même sensation. J’avais l’habitude, très immédiate, très réactive, mais est-ce « je », est-ce cette part décisionnelle, non je ne crois pas, ce n’est pas elle qui s’agitait, c’était plutôt comme un réflexe, une réaction simple, comme une réponse automatique à un stimulus, je ne choisissais pas de réagir comme ça, « ça » réagissait, et ça réagissait en s’agitant, en fuyant dans l’agitation. Et je découvre, du jour au lendemain, que cette réaction n’est plus, qu’elle a disparu, pour laisser à place à autre chose. Un accueil. La sensation m’arrive et je la reçois. J’ai ce léger mouvement de recul, ce léger mouvement de conscience qui reçoit la sensation et l’observe, sans plus y être mélangé, sans fuir dans un mouvement qui manque de conscience et s’agite fiévreusement. Non, il y a un calme, aussitôt, une distance qui me permet de regarder cette sensation de loin, de la recevoir dans ma conscience et d’en constater la présence au creux de ma poitrine, calmement, distinctement. Et, c’est l’autre nouveauté, je peux alors, dans une conscience nouvelle, accueillir ce qu’elle évoque, cette sensation, je peux l’entendre dire ce qu’elle dit de moi, ce que mon corps vit à ce moment même, distinctement. Et du coup, au lieu de l’agitation qui prenait place d’habitude, m’emportant dans une fuite que « je » n’avais pas choisi, qui se faisait malgré moi, je peux maintenant prendre soin de cette parole, de son message, le considérer attentivement, distinctement, et je m’aperçois qu’il n’est même pas question d’agir, de faire quelque chose pour répondre à cet appel, je m’aperçois que le simple fait de le recevoir, de l’accueillir consciencieusement et d’entendre ce dont il me parle, suffit. J’aurais imaginé qu’il me faille agir en fonction, pour faire passer la sensation désagréable, mais finalement non, le simple fait d’être en sa présence, calmement, à l’écoute de sa vibration et de ce qu’elle m’évoque, semble suffire. Et ce n’est pas qu’elle disparaît, c’est seulement qu’elle existe, et qu’une sorte de paix prend place, un calme qui suffit à la rendre habitable. Je peux soudainement cohabiter avec cette sensation. Exister avec elle. Ça ne fuit plus, ça ne m’emporte plus dans la fuite, et je peux rester avec, présent, et cela, malgré ce que j’aurais imaginé, semble suffire.