Par les mots et les images, témoigner d'une rencontre sensible et complexe avec soi-même, autrui et le monde.

Il me faut bien observer ceci. Il m’en faut noter les plus subtils procédés. Cette métamorphose par laquelle peu à peu le mouvement se fait, par laquelle sa force se condense et se glisse dans mes gestes. Remarquer avec méticulosité sa lenteur, et combien c’est dans cette lenteur précisément que son essence semble à la fois prendre source et trouver un écoulement. Bien voir chacune des minuscules étapes qui ont tissé le déroulement de son émergence, depuis le jour où l’idée m’en est venue jusqu’à celui où ma présence l’a agit. Pour ne pas commencer de croire qu’il aurait suffit de, qu’un raccourci eut été possible, qu’en prenant tel détour sans doute eussions-nous pu, mais non, plutôt comprendre que c’est exactement dans cette lenteur, cette longueur, cette temporalité qu’il est devenu possible, qu’il a pu se frayer une voie et déboucher enfin aux abords de mes actes. Considérer dans le détail et la multitude tous éléments qui se laissent identifier, pour mieux tolérer encore toutes les attentes qu’il y aura à souffrir devant soi, toutes les patiences dont il faudra user avec ce qu’elles ont d’énervement en leur nature. J’en distingue deux fondamentaux. Tous deux de rencontre. Celle d’altérité, qui, par le reflet et l’invitation aux éprouvés a donné à sentir ce dont était fait le mouvement et ses empêchements, le désir et ses étouffements. Et celle d’intimité, qui, par l’accueil de ce qui est et l’abandon des volontés, des exigences, des croyances, a ôté du chemin ces prises d’esprit qui ne sont en fait que des encombrements, des rigidités. Ainsi, lentement, sur cette voie libérée, dans cet espace d’abandon et d’ouverture, quelque chose, quelque mouvement intérieur a pu progressivement faire son chemin, à l’allure qui était sienne, pour se développer, grandir et commencer de s’épanouir.