Par les mots et les images, témoigner d'une rencontre sensible et complexe avec soi-même, autrui et le monde.

Concert géant de photons, ébullition perpétuelle, explosion sans fin. Si je pouvais un instant y plonger ma main, brûler contre cette grande plaque jaune, mon inconsciente peau, ma naïve présence, alors peut-être commencerais-je à connaître. Mais sait-on encore marcher sur la Terre après avoir posé le pied sur la Lune ? Si tu pouvais à chaque instant sentir la profondeur du cosmos, quel serait ta perception du monde ? Quand la mort te tenait la main sur la falaise pour t’empêcher d’oublier le grand vide, savais-tu encore courir et sauter, rire et danser ? Il s’engage de toute son ardeur, il chauffe sans compter, il règne sans faire ombrage à quiconque. Ordinaire compagnon, à l’origine de tout ce qu’il accompagne, porteur du commencement comme de la toute fin. Quelle merveilleuse caresse se trouve là déposée, sur cette frange de terre, ce morceau d’habitat, main douce qui passe en lenteur à la surface des choses, fait sa clarté et ses mélanges de couleur. Nous marchons, de ci de là, nous passons entre les gouttes stellaires, nous étendons nos corps sous la douche sèche et chaude d’un éternel déversement. De tout temps, elle fut troublante cette beauté qui nous entoure, de tout temps, elle provoqua des commotions, des étourdissements, de vagues interprétations. Nous sommes sur Terre. Il s’en passe des choses. Tandis qu’elle, tourne, indéfiniment, fait sa ronde, surveille le bon déroulement de son orbite, penche son axe comme il se doit, fait ses saisons, son ménage de grande demoiselle affairée, sous le regard jovial d’un œil qui se prend pour le centre du monde. Grand naïf qui ne réfléchit pas, distille sans calcul sa bonne humeur et ses épanchements. Et nous, petites choses qui fourmillent là-bas, sur la drôle qui s’est habillée de vert et de bleu, machines peu savantes mais débrouillardes, marchant sur les champignons qui fondent les marchandages principiels du sol qu’elles piétinent, ignorant le commerce des bactéries qui font un socle pour leurs pas et trafiquent l’essentiel de leur vitalité au sein même de leurs bouches – la moue qu’elles feraient si seulement elles savaient. Je vous embrasse, sources des sources, manèges invisibles auxquels nous devons tout. Un instant je vous reconnais, et ma petitesse me confond, si seulement je pouvais être relié de toutes mes fibres d’esprit à cette chose à laquelle je participe de toute ma chair, sans bien le savoir. Je suis un corps nu couché dans un champ, mâchant une racine, buvant la rosée au creux d’un pétale, ployant mon bras jusqu’au fruit suspendu, humant l’air et ses innombrables senteurs, et c’est là que je touche à ma réalité finale.