Par les mots et les images, témoigner d'une rencontre sensible et complexe avec soi-même, autrui et le monde.

Un peu comme les nuages, nous pouvons jouer à l’ailleurs. Un peu comme le soleil, nous pouvons briller à retardement. Un peu comme les atomes, nous pouvons nous transformer par la rencontre. Prendre la forme d’antan ou de demain, laisser huit minutes, huit heures, huit ans s’écouler avant que la voix se fasse entendre, perdre des bouts et en gagner d’autres dans un jeu qui métamorphose l’ensemble. Objets d’histoire, développement aléatoire, matériau combinatoire. Nous survenons d’étoiles et une étoile surviendra de nous. A force de contempler le ciel, la mesure qui s’impose débilite des recueils entiers d’agissement. Alors ces pas que chaque jour conditionne, on peut parfois les arrêter, les dévier, les renommer, les encoubler. Promenade d’errance, les contours qui mènent droit, le chemin d’impatience, les confiances qui aveuglent, celles qui manquent et celles qui donnent. Quelle est la réponse que tu donnes à ta vie ? Quand elle vous regarde dans les yeux et qu’elle vous lance : « Que fais-tu de moi ? » Et sans doute faisons-nous de notre mieux. Si seulement nous savions à quel point nous sommes solidaires, malgré nos effarouchements, nos orgueils, nos froideurs, nos distances. Si nous pouvions voir plus distinctement ce que nous devons d’avancées et de découvertes au mépris, à l’ignorance, aux blessures. Je peux alors remercier celui qui me hait, m’insulte, me juge, de rencontrer ce qu’il me donne à vivre et l’occasion qui se forme d’y grandir, de m’y reconnaître. L’expérimentation et ses souffrances feraient moins peur que le désespoir de ne pas les oser. Et les ensevelis : je vois leurs yeux sous trois mètres de terre, je les reçois avec trois secondes de latence, je sens qu’ils bousculent l’agencement précis de mes molécules. Combien la mort nous anime, elle aussi. L’imbrication nette de toutes ces choses. Complémentaires oppositions. L’historicité et l’aléatoire de ce qui se combine en nous, il y a tant d’inconfort à les porter, les habiter, qu’il y a sans doute un motif à s’y atteler.