Par les mots et les images, témoigner d'une rencontre sensible et complexe avec soi-même, autrui et le monde.

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19 - Carnet d'observation



Un instant, à peine le temps d’inspirer, la croix s’est affichée, disparaissant sous le couvert de frissons grenats. Disparue, dont les échos miroitent dans le ressac des sensations. Un éclair, un flash, un bref reflet sur la tôle brillante, interpelle l’entier d’une présence, secoue le sablier, fait vaciller le temps, un instant. Elle existe, là-bas, dans le funeste d’un jardin, plantée droite, figée dans son immuable réalité. Sa sûre solitude. Frappe d’un coup le front dessous, l’écho d’image rappelle sa présence sous les nuages, dans le vent, solidement fichée dans le sol, rongée par les pluies, cuite par le soleil, mais droite toujours, comme une arrête dans la gorge du temps, immuablement arrêtée, à jamais prise dans le jour qui fait date sur la plaquette. Inerte morceau de bois que les vents ne déracineront pas, que la pluie ne fera pas renaître, que la terre ne rejettera pas dans son mouvement. Les fleurs aux alentours passent, chantent tristement les silences cumulés, et sous le ciel chaque jour renouvelé, meurent finalement, comprenant bien la nature du lieu. Le tremblement sombre fait danser l’esprit en quelques pas gauches, cherchant l’équilibre perdu, la santé naïve, quand tout ce monde tenait simplement sur ses deux pieds, avant qu’il n’avoue son trouble sans fond, l’impondérable de sa pesanteur. Le temps ne glisse plus si tranquillement dans la bouche gourmande, déglutir les heures ne va plus sans raviver cette morsure de la trachée. Lentement les rebonds sous la peau s’éteignent, retournent au repos, laissent au corps sa vie nomade, loin des signes de son épuisement.

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