Par les mots et les images, témoigner d'une rencontre sensible et complexe avec soi-même, autrui et le monde.

La nourriture se trouve en ces écuelles d’instants où tout vibre enfin, à nouveau, sans durée. Au détour d’un chant, à l’orée d’une saison, sous l’arche d’une espérance, peut-être dans la plus commune des chambres, à la moins étonnante permission, quand survient, incommunicable, le flottement des perceptions où tout échappe et enveloppe. Espace sans mots où s’est fomentée l’ébauche d’une quête qui n’aurait pas de fin, et qui n’aurait d’autre outil que le langage – un gant de fourrure pour saisir quelques brindilles d’indicible, un burin grossier pour sculpter l’ineffable. Moyeu en creux de la roue sur laquelle tourne une existence, but ultime sans objet. Les cœurs du quotidien s’en sont fait une obsession, l’âme des jours perd ses rêves à la moindre distance. Privée des évocations sensibles que sa visite y insuffle, la matière positive du monde révèle avec une telle violence l’abrupte de sa consistance qu’y vivre abandonne l’esprit en terres d’absurdité. L’art d’y jouer une existence donne à frôler ces confins de désespérance, d’indéfinissable, mais pour quelques pépites dont la saveur rappelle celle d’un débris de météore trouvé au beau milieu d’un champ de cailloux. Pour quelques présences qu’aucune question ne sait désarçonner. Pour quelques incarnations dont aucun doute ne sait diminuer la complétude.