Par les mots et les images, témoigner d'une rencontre sensible et complexe avec soi-même, autrui et le monde.
Tu peux rester caché. Te fondre dans l’anonymat d’une discrétion, d’une retenue, la tête basse. Tu peux rester au couvert de l’intime, sous le toit tranquille d’un confort bien connu. Tu peux t’arranger un coin d’univers où ton sang mène une vie paisible, même si passionnée et troublée, mais gardant toujours une bonne distance d’avec tout ce qui effraye un peu trop. Tu peux te mirer dans les glaces d’une modestie qui soigne ton costume, la belle personnalité des humbles. Tu peux ainsi arranger les impalpables frustrations par une morale, un souci de haute voltige – parce qu’elles grattent un peu quand même, ces épines invisibles qui questionnent ton équilibre, te font considérer les choses avec d’étranges jalousies, d’étranges jugements portés sur ceux qui ne se cachent pas, d’étranges sentiments sur ceux qui ne se gênent pas d’exister – alors il y faut sans doute quelques vues spirituelles, quelques considérations de laine pour échapper à ces picotements qui agacent ta peau. Tu peux cultiver au secret ta singularité et ne la livrer qu’à ceux dont tu ne crains plus rien, qu’aux lieux où le respect est de mise, assuré. Tu peux éviter. Profiter de l’ombre et des murs, contenir ta lumière à l’abri de tout ce qui pourrait en blesser le cœur, tranquillement installé au refuge de ta sécurité. Et peut-être n’as-tu pas le choix, peut-être n’y a-t-il pas d’alternative, tant l’à-vif est à fleur de monde, animal aux membres cassés dont la sortie au grand jour n’aurait d’égal que le suicide. Tu peux tenter d’éviter cela, le terrible, l’humiliant, l’effroi, la douleur, mais si un jour quelques pas dehors semblent possibles, ta promenade inquiète te permettra de commencer à considérer tout ce à quoi tu échappes également. Et alors…