Par les mots et les images, témoigner d'une rencontre sensible et complexe avec soi-même, autrui et le monde.

A son immédiateté reconnue, la présence se déclare, nue et véritable. Bonne ou mauvaise ne la concerne pas, seule de son phénomène, son apparition, suffisante, permise. Aux qualificatifs, sa valeur se défile, mais qualifiée, sa nature se dessine. Toute pleine de sa substance, de vide ou de plénitude, de dissemblances en mélanges, distincte en dedans du dehors, au contact de ce retour que lui prête la conscience. Un regard ouvert, qui ne la conditionne pas en jugements, la forme seulement au moule de son langage, aux limites de son entendement sans doute, mais n’est-ce pas aux frontières que la liberté se mesure ?
Tout objet absent du discours, quand rien ne se donne à penser, qu’aucune cible n’éveille l’attention, il reste encore l’étrangeté de ce rapport à la parole sans adresse ni propos. Evoquer ce qui se désintéresse de toute formulation, exprimer l’indifférence-même à l’exprimable. D’une bouche de silence, tirer le son de cette note aphone, où s’étouffe la nécessité narrative, et lui rendre ainsi l’écho d’une autre nécessité qui la chevauche. Nul accident ne compose ce dont est fait ce temps, échappant aux clartés des significations, cette absence n’en est pas moins pleine de sens, dirigée vers ce qui révélera les motifs de son ordonnance. Ne donnant rien à voir, elle se manifeste pourtant, toute entière, là. Elle demande à n’être en rien refusée ou dénaturée, invite au vécu complet de sa pauvreté symbolique. Porte mon silence dans le tien, et laisse-les exister ainsi, souffle-t-elle d’un regard.