Par les mots et les images, témoigner d'une rencontre sensible et complexe avec soi-même, autrui et le monde.
I Tout le perdu Et aussi Toute l’incertitude de la quête Sans qu’aujourd’hui Puisse d’aucune manière S’y faire oublier II Ces façons qu’ont les choses De nous rappeler au désordre III Je voudrais tant pouvoir renoncer A ce mouvement qui n’accepte pas...
I Pauvre de tout maintenant Infiniment riche en être Comme débarrassé Des scories et des écorces La peau nue de mon trouble Le souffle heurté de ma vie Posés sur la joue du monde A la surface des étendues Tout contre l’espace immédiat Sans distance aux...
I Et l’instant au poids sans fin Qui tombe et tombe sans fond Coup au cœur, seconde impénétrable Le cœur plein de sang Intarissable devant la nuit L’heure éponge Qui n’absorbe rien L’épouvantable cognement Aux tempes, aux frondaisons des pensées Là où...
II Lumière d’éblouissement Cent mots ni phrases ni recul La rouille ici là Le reflet éclatant Cette musique, cette guitare et cette voix Ces livres en étagère L’heure qui tourne Tourne en rond, avance L’écho des temps La plume griffe son mot La seconde...
I Dans ce ciel blanc Cette table blanche Cet habit blanc Je me repose Loin dans l’oubli Où nul relief ne dessine Où rien n’est à voir Rien à comprendre La blancheur pure des espaces Nulle d’intelligence Pâle pôle d’existence Virginale pensée Je me laisse...
D’accord. D’accord, je vois. Comme dans le bruit, la confusion de ce lieu, où se mélangent les voix, la musique, et le tumulte des tasses qui s’entrechoquent, des tables qui raclent le sol, des voitures qui passent dehors… Je viens déposer tout ici. Sans...
Une danse. C’est comme une danse. Plutôt comme tout ce qui précède la danse. Aucun des deux ne sait vraiment, complètement, sûrement – s’il a envie de danser, s’il a envie de partager cette danse avec l’autre. On se tourne autour, on échange des signes....
J’ai le sentiment de recommencer chaque jour la même danse. Au fond, ce qui compte le plus, ce serait d’enregistrer tranquillement mes chansons, et chaque jour je danse autour mais ne m'y installe pas. Par contre ce qui est tout à fait nouveau, c’est...
Les faims de l’urgence se font moins pressantes. C’est un calme qui s’installe, là, entre nous deux, comme si l’espace s’éclairait dans cette distance, et qu’il devenait difficile d’y faire vivre les rêveries de l’ombre, les rêveries s’animant sur les...
I De ma pensée cartésienne Droite et anguleuse Etroite en son focus Qui range tout avec application Je souffre De n’être relié à rien Alors j’arrête tout Et j’attends les yeux au flou Que s’ouvre ma présence Jusqu’à pouvoir toucher la peau du monde II...
Je me sens comme déjà renouvelé. Déjà neuf. C’est que tout mon rapport à l’ancien est changé, même s’il m’encercle encore, me contient toujours. Il croit me posséder, mais je suis déjà loin. Mon corps est dans ses frontières, mais mon âme et mon devenir...
Pour la première fois aujourd’hui, j’abandonne un instant le face-à-face aveuglant qui me confronte à la blanche et impénétrable lueur de mon sentiment pour regarder dans le blanc des yeux celle qui pourrait bien être à la source de cette confusion :...
L’homme peut-être, grandissant sous la peau d’une inexorable enfance. L’homme que tu viens toucher, de ton attention mesurée, dans la distance des jours qui passent, ces regards qui reviennent malgré tout, qui se posent à nouveau sur mon front inquiet,...
Je viens d’entendre, ceci que je trouve, en signification mais aussi par la tendre et rieuse amabilité de la voix qui la prononça, entre trois messieurs à l’âge avancé, cette fort jolie réponse à la question, quand l’un d’entre eux demande à l’autre qui...
Tout, autour de moi, là-haut, respirait mon absence. Les herbes continueraient de trembler sous les étoiles, ces chamois surveillant ma silhouette insolite resteraient dormir à l’abri d’un sous-bois, le vent passerait encore entre les barbelés muets,...
C’est du manque que fusent ces paroles. Du manque et d’une crainte infinie s’élancent ces mots qu’après-coup je voudrais ne pas avoir écrits – pour ce dont ils pourraient t’effrayer, te faire fuir. L’immensité du vide, de cette poche sans fond où s’évase...
Et si l’existence pouvait peu à peu battre son plein ? J’allais dire « enfin ». Mais il y a la lenteur, le temps, qu’il faut composer, avec. Et puis merde quoi, s’il faut se trier les tripes à tout instant, que reste-t-il comme occupation, comme disposition...
Troubadour, sur la route, à récolter les grappes d’images qui pleuvent. A se coltiner le chemin, la pieuvre démente sous la semelle usée. Un glaviot s’écrase dans la poussière, un caillou vole shooté par une pointe de dépit, petit bout de matière payant...
Je pourrais pour cela renverser la coupe qui ceint les entrailles. Déverser le vin qui marine au fond des cales, d’entre ses hanches cueillir l’ivresse. L’imperceptible du jour jaillirait des horizons, chaque instant comblé d’immense. Il y aurait sous...
Concert géant de photons, ébullition perpétuelle, explosion sans fin. Si je pouvais un instant y plonger ma main, brûler contre cette grande plaque jaune, mon inconsciente peau, ma naïve présence, alors peut-être commencerais-je à connaître. Mais sait-on...
J’étais assis sur la calotte qui recouvrait le moteur. Le bus était posé sur la calotte rocheuse d’un col. Il n’y avait en moi que l’enfance, la toute innocence – jamais si innocente que ça. Une chanson m’y ramène. J’étais assis entre les deux sièges,...
Je me suis reconnu au milieu des herbes vertes. Vu mon reflet sur les dunes allongées, offertes au ciel, au vent. Il embrassait la montagne solidement, m'épargnait des sueurs de la vallée, bousculait ce corps où je n'arrivais plus à m'approprier. Des...
Seulement partager les heures et se couler en elles comme deux anguilles complices, sans accrocs, tendrement, posant le long de la promenade des baisers comme des cailloux, juste de quoi ne pas se perdre. J'avais la peau toute noire de sommeil et d'ennui,...
Voilà. Un jour de plus. Et tant de questions qui sont toujours les mêmes. Je crois qu'à la moitié du chemin, on commence peut-être à se faire une raison sur la nature relativement invariable de ce que nous sommes. Et je ne vois pas ça comme une capitulation,...
On croit qu'il y a une frontière nette et précise entre être amoureux et ne pas l'être. Et que la même ligne de démarcation trace une bascule entre le désir et l'absence de désir, la tendresse et son absence, le plaisir et le déplaisir. J'aimerais n'être...