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"Avec cette représentation de l’existence, tu devrais pouvoir profiter du voyage, pour autant que tu saches t’en donner les moyens… Je dirais même qu’elle t’y oblige. Elle exige de toi que tu te libères de tout ce qui entrave ta capacité de jouir de chaque jour. Tu ne peux vivre pour vivre sans vivre complètement. Te voilà contraint de développer ton courage pour accomplir la réalité de tes désirs, te voilà condamné à trouver la bravoure et l’audace dont tu auras besoin pour risquer l’odyssée à laquelle ils t’appellent. Car tes désirs seront toujours trop grands, ils t’emmèneront toujours au-delà de ce que tu es déjà, ils t’expulseront de tes prisons intérieures et t’ordonneront de quitter les ornières qui font ta sécurité. Au fond, tu le sais, tu n’auras qu’exceptionnellement le courage nécessaire, j’entends : tu ne parviendras jamais ou que très rarement et brièvement, à cette symbiose totale entre le réel et tes désirs, cette symbiose dont tu rêves qu’elle puisse être continue, oubliant que tes désirs n’auraient alors plus de place pour exister. Et il te faudra donc accepter, au soir de ta vie, les limites que la réalité t’aura imposées et celles auxquelles tes faiblesses d’Homme t’auront soumis. Ce qui comptera, ce qui fera ta paix et donnera à ta mort un goût plus doux sur les lèvres de ton dernier souffle, ce sera sans doute d’avoir fait de ton mieux, d’avoir toujours tendu vers ce lieu inconfortable où les habitudes ne vous réconfortent plus, d’avoir toujours gardé le regard porté vers les inquiétantes promenades de la nouveauté et d’y avoir incessamment hasardé tes pas, de ne pas être resté dans le cercle rassurant de ta circonspection mais d’avoir sempiternellement précipité ton être vers les abîmes incertains de sa transfiguration."

 



 

mer de silence

 

 


Lundi 30 janvier 2012 1 30 /01 /Jan /2012 18:55
- Publié dans : Relié
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Je cherche, en fait, je sais quoi. J'oublie surtout. J'oublie plus que je ne sais. Mais cela, précisément, que je trouve à nouveau. Je cherche. Ce vertige. Cette délivrance. Le corps se plait bien. Apaisé en cette rencontre, où se dit l'équivalent des vagues sous le couchant, celles que j'ai vues cette nuit, dans le doux rêve où je revenais à toi avec la mer dans la tête et où je te disais « tu as raison, la mer, ô la mer... » Des corps, silhouettes noires sur la toile métallique des eaux, perlée d'ocre et de jaune, de bleu et d'anthracite, des corps jouaient dans les remous, et sous mes pieds le sable et surtout, surtout, cet épanchement amoureux, liquide de mon souffle, comme le temps s'était arrêté, la beauté peuplant chacun des éléments. A devenir fou, de mélancolie, de stupeur, de silence, de joie. J'avais eu le corps nu contre l'air, la pensée nue sous l'infini de cieux. Je revenais à la ville, vers toi, et je te disais combien tu as raison, quand tu me parles de ton désir de soleil, de mer, de nature, de beauté. Une vie, seule traversée, courte période, césure à soi livrée, et dehors voiture, béton, grisaille et froidure. Un jour, voir depuis la fenêtre de larges étendues de ciel et de terre, du bleu au vert, le brun mâchant les chemins clair, un mur blanc miroitant les éclats stellaires. Nous cherchons, en fait, la même chose peut-être. Nous saurons un jour. Pour l'instant, grise, fermée, pauvre, l'envergure soupire, espère, cherche, regarde, attend. La percée de cette heure où je la trouve à nouveau, ma délivrance, masque de brume sur ce que je vois, pâle ouverture sur l'ennui, me ramène au songe de cette nuit. Je t'ai envoyé des oiseaux de baisers, un plein vol de ma lippe joyeuse, je me suis laissé séduire par de beaux objets, dont petit à petit, je garnis mes intérieurs, profitant de leur arrivée pour pousser dehors ceux qui n'émettent aucun charme, ne me disent rien, font un silence mat, une absence sans saveur. Je laisse petit à petit ce que je trouve beau venir chez moi, entrer chez moi, habiter chez moi. Je mets le sous supplémentaire qui me permet de passer de l'utile à l'esthétique. Je cherche. J'occasionne. Provoque cette délivrance, ce vertige. Je les veux auprès de moi, m'entourant de leurs chaudes mains, griffant mon torse comme tes ongles,  m'étourdissant de désir, d'un appel amoureux. Les voitures passent, derrière la vitre du bistrot, et me voici poète à nouveau, une heure durant, et j'aime entendre parler les serveurs parce qu'ils parlent italien, parce qu'ils parlent une langue étrangère, que je ne comprends pas et qui fait une musique, où se trouve l'oubli de tous les autres bruits, j'aime aussi l'allure Belle Epoque de ce lieu, qui fait comme une chanson pour les yeux, je regarde dehors mais je ne vois rien, sans doute est-ce moche, cette rue, ce béton, ces pancartes, cette lumière, je ne les vois guère, je vois encore la violente beauté du songe qui m'a heurté cette nuit, je vois les roulis, les silhouettes vivantes, le soleil furieux, et je me dis que ce rêve continue maintenant de me nourrir. De me protéger, de quoi sinon d'un ennui. Et le chemin est encore long, le temps court, l'amour difficile. Qu'importe si la vie reste vivante. Sans doute.

 

 


 

dans un rêve

 

 


Samedi 28 janvier 2012 6 28 /01 /Jan /2012 17:29
- Publié dans : La quête en question
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Courir, être pressé, passer d'une activité à l'autre, finir une chose – ou pas – pour vite commencer la suivante, craindre d'arriver en retard, accomplir une tâche en en portant trois autres sous le front, subir l'urgence des journées hachurées de rendez-vous, d'obligations, de tâches, porter sur soi la liste mnémotechnique où se décline l'ensemble étouffant de tout ce qui reste à faire, et faire, faire, faire, sans s'arrêter, imperturbablement, remplir, répondre, payer, tapoter, imprimer, envelopper, attendre, réparer, faire réparer, racheter, remplacer, la conscience réduite à une fine aiguille qui avance et recul dans le tissu qu'elle brode sans en connaître ni la forme, ni l'utilité, ni la matière, intercaler la dose minimale d'exercice physique, les dix minutes occidentales de méditation qui permettront d'être encore plus efficace, penser à monter les escaliers à pieds à défaut de pouvoir marcher dans l'herbe, parce que ce qui compte ce n'est pas de marcher dans l'herbe humide et grasse de la planète Terre, c'est d'avoir les muscles en forme pour fonctionner dans l'insipide aridité du système qui étouffe l'humanité de nos présences, abuse de nos souffles à des desseins qui ne servent que pauvrement et succinctement nos valeurs, mais quand même tout faire pour trouver un moment d'évasion quelque part durant les quelques heures du weekend qui ne seront pas allouées au sommeil, à la récupération, à la rarissime réunion familiale sur laquelle tient encore vaguement debout le sens de notre appartenance, de notre enracinement, de notre histoire, au seul moment privilégié qu'il reste pour partager quelque chose par amour, sans autre motif que le plaisir. Qu'est-ce que cela ?


Vendredi 27 janvier 2012 5 27 /01 /Jan /2012 14:56
- Publié dans : Carnet d'observation
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Un manque
    à chaque fois
    chaque distance
Tu comptes, ça dit, plein en moi
Clair chant de mon cœur
Tu comptes, en pleurs
    cette distance
    ce manque

Libre, complètement libre je te veux
    Proche ou loin, libre d'être où c'est bon d'être, pour toi
    Mais pas sans savoir, sans avoir lu
    Ce manque, aveu de ma chair
    La distance en laquelle il se révèle, chaque fois
            se réveille de toi la présence, ici, en moi
            chère, précieuse

    Du désir

Il s'en dit beaucoup en ton absence
Que je t'aimerais savoir entendre et voir
        Tu comptes et si tu pouvais sentir comment c'est dedans
        Comment c'est tu comptes
        Et si tu pouvais voir, larmes et regards, silencieux témoins
        Serais-ce assez je me demande
Assez pour trouver le temps, donner la place, je me demande
Pour qu'en ton corps s'arrange une paix
        à me rester près, un peu
        à combler le manque, un peu
Tisser doucement le fil la délicate histoire
Jouer funambules vers demain d'inconnu
        Tant que ça rit et vibre
            Et pleurer peut-être
            Et pleurer aussi pourquoi pas
        Là où vivants nous pouvons être
Puisqu'à chacune de nos cellules de nos secondes
La différence et le contraste seulement donnent existence

Là où sereine je pourrais t'entendre encore, rire et légère
    En moi sentir la joie tendre
    Tu comptes retrouvé
    Tu comptes apaisé
        D'entendre ta voix d'éclats
        De pouvoir encore avec toi
Partager ceci cela qui nous vient
        nous convient
        nous donne envie
    Ceci cela qui nous met en vie
        met nous en vie
        Pas moins

Pour qu'entre le trop près et le trop loin
Nous puissions connaître la saveur nouvelle
    De ce qui nous demeure encore secret



 

 

proches

 

 

Vendredi 20 janvier 2012 5 20 /01 /Jan /2012 16:50
- Publié dans : L'empoésie
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Je trouve assez édifiant que l'acte de refuser un verre de vin ou de bière soit systématiquement suivi de quelqu'un qui vous demande: « Tu ne bois pas d'alcool? » L'air surpris, suspicieux, inquiet, l'air de se demander ce qui cloche avec vous, deux yeux – quand ce ne sont pas ceux de toute une tablée – vous fixent alors d'une impressionnante intensité et vous voilà sous les feux d'un interrogatoire musclé, où l'on pourrait presque croire qu'il en va de votre réponse comme du sort de la soirée, la teneur de vos paroles pouvant précipiter la suite dans un indescriptible chaos ou ramener la paix dans les têtes échauffées. Une phrase courte et vague sur des motifs de santé devraient vous permettre de faire tomber la tension soudaine suscitée par votre dangereuse affirmation, les muscles de vos interlocuteurs s'affaissant d'un perceptible soulagement... Tandis que l'affichage assumé d'un choix personnel vous met dans une situation à haut risque: la présence d'un membre d'une telle minorité peut en effet provoquer une disharmonie sociale quasi insupportable, le groupe s'arrangeant alors à tout mettre en œuvre pour tenter de vous ramener dans le troupeau, sur le droit chemin – surtout quand ses membres sont d'ors et déjà incapables de suivre une trajectoire rectiligne... Vous l'aurez donc compris, si vous cherchez à vous faire remarquer en soirée, à passer pour quelqu'un d'étrange, éveiller des curiosités innombrables, faire jouer un nerf sensible de votre entourage, ou souhaitez tester votre résistance à un habitus social aussi transparent que tabou, ou encore simplement vous amuser à observer les inévitables réactions d'éveil et de vigilance sur la physionomie d'autrui (les expressions du visage sont coquasses, il faut dire...), c'est très simple, il suffit de refuser le verre d'alcool qu'on vous propose... Dites-moi, quelle autre substance suscite pareils échanges? D'ailleurs, si vous avez bu un peu et qu'il vous vient l'envie de vous arrêter, que vous n'en avez simplement plus envie, admirez avec quelle ferveur l'on va maintenant s'occuper de vous pour vous convertir au dernier verre, à la dernière goutte, à l'ultime lampée... Vous a-t-on jamais fait pareil cirque pour un fond de thé froid? Dans mon rire il y a de la tendresse, de la colère et quelques frissons qui me parcourent l'échine.

 

 

c'est comme ça


Mercredi 18 janvier 2012 3 18 /01 /Jan /2012 18:12
- Publié dans : Carnet d'observation
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Depuis la séance, pas un seul de mes mouvements n'a été au-delà de ce que mon corps acceptait, ni en acte ni en force ni en vitesse. Hypersensible au moindre décalage, fait violence. La douleur est nette, le refus immédiat. C'est lui qui dit. Je n'ai qu'à rester attentif. Présent à l'ensemble. Quand ça refuse, ça fait du dégoût, comme au contact d'une odeur écœurante, d'une vision insupportable, d'une nourriture dégoûtante. C'est aussi simple et évident que ce genre de sensations. Une répulsion physique. Sauf que c'est plus diffus et qu'il suffirait de peu pour que j'en perde la sensibilité. Mais je sens un truc en moi qui réagit au quart de tour, exprime par un haut-le-cœur, une sorte de nausée épidermique, à ce qui ne lui convient pas. Ce que je m'apprête à faire, ce qui me vient en image dans la tête comme une idée de ce dont je pourrais m'occuper, la vitesse à laquelle je me déplace. Je sais immédiatement: je sens.

 

 


vers de nouvelles peaux

Mardi 17 janvier 2012 2 17 /01 /Jan /2012 17:15
- Publié dans : La quête en question
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