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Eté 2011
Panier de chansons
L'attente au tiroir
L'année passe
Printemps 2012
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Eté 2011
Panier de chansons
L'attente au tiroir
L'année passe
Printemps 2012
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Les voici, les lueurs, les éclatantes couleurs. Fortes comme la chaleur est assourdissante. L'été, la vacance, le temps, le dehors. Terrasses et verdures, la saison des joies et des langueurs.
C'est le même mur qu'il y a dix ans, en face de moi, la même violence de lumière, le même silence de mouvements. J'étais ailleurs, dans ma vie. Où je suis aujourd'hui. Cycles et marées, rotations
et durée. L'âge que l'on prend. J'ai cette place de paix, maintenant, aujourd'hui, où elle peut venir sans la faire trembler. Je ne suis plus seul, si longtemps l'imaginaire d'une extase, ne
facilite pas la rencontre avec les aspérités du réel. Pourtant il tremble bien de ma chair, je ne suis pas là pour rien, dans cette histoire, contre cette fille, ce nom, ce mystère. En quel
devenir se trouve ma peau, quêtant une plus grande respiration, les plus aimantes aspirations, le développement de ses terres d'oubli et d'appropriation? J'aurais aimé briller et je n'excelle en
rien, et ce cœur blessé, si bien caché, qui réagit à tant de ses gestes innocents, le voilà qui se laisse deviner. Peut-être pourrai-je prendre soin de lui et la laisser mieux tranquille, elle,
qui n'y peut rien. Au fond, tout au fond. Ça résonne avec la fulgurance de ces reflets solaires, le mélancolique ondoiement des parasols, les tristes absences des balcons. Tant d'étés parcourus,
tant de peaux touchées, ignorées, de souffles mélangés, étouffés. Combien de rencontres dans une vie? Combien en faisons-nous? Que sont devenus les personnes avec lesquelles j'ai parlé, en 1994,
en Californie? Qui vit encore, où, avec qui, comment, de quoi, avec quelles pensées, quels rêves, quels souvenirs, quels chagrins d'amour, quels espoirs, quelle fierté? Où sommes-nous, ô
demoiselle qui peuple mes nuits, baise mes lèvres, regarde mes yeux? Nous parlerons-nous encore dans dix ans? Sous les aveuglantes lumières du printemps, le souvenir de ton visage d'aujourd'hui
sera-t-il heureux? Grâce à la méchanceté des sentiments qui s'éveillent parfois, à l'occasion de ta présence, je peux entrer en contact avec ce qui de moi sinon resterait dans l'ombre, l'insu.
J'ai mal à celui que j'aimerais être. Les confinements où je me vois, me représente sous le jour de ta personne, ils sont crevasses, meurtrissures, défaites. Plutôt exiger que change ta parole
plutôt que d'entendre là où elle m'emmène, ce qu'elle révèle de mes plaies.
Elle me sort par les yeux. Je veux être seul. Et partout les traces de sa silhouette. Ses lunettes sur mon bureau et mon ventre qui fond. Mais je ne veux plus entendre parler d'elle. Suis gavé,
de ses théories sur tout et n'importe quoi, des méandres de pensées par lesquelles il lui faut passer pour arriver au cœur du sujet. Usé de sentir ses blessures dans celui de ses rires qui ne me
fait pas rire, épuisé de ne pas savoir où elle se trouve quand elle me dit où elle se trouve. Et je pourrais la dévorer, là. Entendre sa voix qui me transforme en masse de désir, trouver sa nuque
où mes baisers ne peuvent s'empêcher d'aller faire mille caresses. Sentir entre mes mains le tendre poids de sa présence, le silence où se compose l'évidence de ce qui nous lie, mystérieuse
connexion d'êtres. Mais seul, sans elle, sans personne, retrouver l'amitié de mon souffle entre les nuages. Elle trinque pour tout le reste, pour la somme des afflictions qui creusent en cette
année un sillon que je n'oublierai pas, qui ne se laissera pas oublier. Je te repousse, te demande de rester dans ton coin, de me laisser tranquille, et c'est un mélange de soulagement et de
douleur, une nécessité capiteuse, angoissante, affligeante. On dirait qu'il ne reste rien, et puis me voilà transi, souffrant de la tendresse qui m'assaille au souvenir d'un moment partagé. Je
suis mieux prêt de toi, allongé sur la douceur tangible des sensations que tu fais naître, mais je n'en veux pas aujourd'hui. C'est mon immense solitude dont je veux épouser l'infinie bonté,
l'infinie délivrance. Les nuages, je ne sais pas leur imaginer des attentes, même si je peux me reprocher de ne pas les regarder assez. J'enfile sous ta peau des exigences qui n'y sont pas, je
m'oppresse à l'idée de ce qui s'y trouve et m'inflige la soumission à des besoins que je t'invente. La proximité à laquelle j'aspire tant, sans voir qu'elle m'impose d'apprendre le délicat
respect d'une distance, d'un rythme en mes chairs inscrit, en mon souffle deviné, auxquels je fais faux bond. Et toi, tu m'invites à me laisser vivre l'ensemble, même ce qui te rejette,
t'attaque, se défend de ta présence, tu ouvres la porte à celui qui n'a jamais eu le droit d'exister. Tu me fais chier. Tu me désarmes. Tu m'emmerdes. Tu m'enchantes. Tu me saoules. Tu m'étonnes.
J'apprends un monde moins lisse. De loin. Saurai-je un jour vivre ma colère? Passer d'une sagesse contraignante qui protège l'estime que je me porte, à l'estime qui me permettra de porter la
sagesse d'une audace d'être tout ce que je suis. Ça retient pour ne pas détruire, et ce faisant, ça détruit tout. J'endigue pour éviter ce que je produis en endiguant. Ô comme j'aimerais que ce
soit plus simple. Être épargné d'avoir à me rencontrer en de telles impuissances, en de telles fragilités, épargné de me coltiner celui que je découvre là, bien mal aiguisé pour fendre la vie
d'une belle lame de liberté. J'aimerais que tu ne m'emmènes pas dans ces lieux, et je te suis reconnaissant de m'y obliger.
Seulement partager les heures et se couler en elles comme deux anguilles complices, sans accrocs, tendrement, posant le long de la promenade des baisers comme des cailloux, juste de quoi ne pas
se perdre. J'avais la peau toute noire de sommeil et d'ennui, la bouche pleine de sable et de rumeurs, et de sa seule présence en gestes et paroles, au ciel macabre de mon esprit elle a percé de
jolies poches bleues, les fenêtres d'un souffle apaisé. Je m'apprêtais à courir en râlant, turbine aveugle soumise à ses devoirs, et nous avons marché en causant, en riant, tirant du vent doux
quelques caresses vacancières, oubliant pour un peu de tranquillité le lot de nos soucis. J'avais les yeux plombés de bitume et aussitôt les grands nuages du printemps se sont dressés devant mon
émerveillement, je les voyais à nouveau, j'en respirais la fulgurante beauté. Et je lui devais la rémission de ce regard, je la devais à ses yeux inquiets de me voir si sombre, au chant de sa
voix, à la légèreté dansante de sa présence. Nul grand débat d'idées, comme nous en avons tant eu pour nourrir notre malheur, mais une précieuse compagnie rassemblant les secondes dans sa
cueillette errante, la promenade de quelques heures volées aux impératifs. Comme si nous apprenions le langage de ce lien qui nous a aimanté, comme si nous commencions à pouvoir en utiliser les
idiomes sans plus avoir ni à s'expliquer les règles ni à se heurter aux confusions de ses secrets, de ses implicites.
Montée de sève, au soleil l'enjouement, de la poitrine à la gorge une bulle tel un spasme migre, atterri en désir au bord de mes lèvres. Un éclat de lumière irradiant le bulbe du pensé. Médecine
immédiate à la rumeur grise courant dans les veines, sa voix s'enroulant autour de mes peaux comme une bande de soie, un cerf-volant en tissu qui m'effleure, me frôle, me caresse, m'enveloppe. La
pulpe tiède où tombent mes baisers, étouffant une phrase au milieu, trop longue pour que se retienne encore la soudaine fureur de mon appétit, ce visage, ma ponctuation de sa parole, le dièse
d'une note perdue dans sa bouche. Le dit ne compte pas tant que la musique où il se trouve, par laquelle il voyage, s'épanche d'elle à moi. De folles mélancolies tremblent au milieu de mes os,
éprises d'une poésie ressuscitée de si loin qu'elle vibre comme irréelle, poussent à fleur des iris le fin voile d'une larme où se mélangent des infinis de joie et de tristesse. Pas d'apesanteur
sur le fil d'un monde indicible, vacillement de vertige, frissonne.
D'évidence mes bras l'ont enveloppée. « Je peux? ». En réponse: un baiser dans le cou. A son tour: « Je peux? ». Rires. Comme si nos corps ne s'étaient pas séparés un instant.
Seuls fissurés de tourments nos esprits, au point d'abrutir chacun de nos sentiments. Mais nous étions là, enchâssés tendrement, comme si rien de bien tragique n'avait eu lieu. La matinée de ce
dimanche avait été toute entière imprégnée de sa présence, de mes interrogations sans fin, du désir d'elle et des douloureuses impasses de sa manifestation. Sous les assauts du vent, brassé de
mille sensations printanières, je regardais les scintillements sur le lac festoyer devant les couleurs puissantes de la nature, et seul sur le banc, n'attendant rien sinon que le temps s'arrête,
je l'imaginais là, sachant trop bien comment elle aurait aimé cette ambiance. Me figurant comment nous aurions pu y être heureux, si seulement l'entente avait pu décider d'embrasser nos langages,
nos humeurs, nos pensées, nos différences. (Peut-être si la menace que nous étions devenus l'un pour l'autre avait pu tomber comme tombe le vent...) Toute la matinée, je n'avais été que celui qui
s'était, deux semaines durant, progressivement dégagé de sa confusion: un homme entiché d'une fille avec laquelle il ne trouve pas le moyen de se sentir bien, bêtement bien. Quelques heures plus
tard, la voici dans mes bras, de retour, comme si rien n'était plus naturel. Et l'après-midi passant nous aura révélé le chemin parcouru chacun de son côté. Comment la distance nous a rapproché,
et comment nous pouvions enfin tisser notre conversation avec le fil aimable d'un début d'amitié. Je découvrais sa voix, le timbre doux et rond du chant de sa parole, l'heureuse caresse de cette
plume d'air, au fond de moi. Et l'impressionnante rage de l'attirance qui roulait en moi comme des vagues, à chaque sommet du charme dont elle m'étourdissait, en ne faisant rien d'autre qu'être
ce qu'elle est.
Traces de vous