13 janvier 2017 5 13 /01 /janvier /2017 15:28

Labourer ce champ. Une obsession. Les sillons, encore et encore. La première pensée du matin, le dernier geste du soir. Évincer du corps tout autre mouvement. Œillères en place, cheval de traie, suivre la ligne, faire demi-tour, avancer, faire demi-tour, continuer coûte que coûte, les bords du champ sont invisibles. Il faut porter ce poids sur les épaules, n’entendre que la voix du maître, la décision, pousser dans les sabots, dans la terre, toujours la même terre, et tirer, tirer ce poids invisible, derrière, dedans. Plus le choix, c’est la seule option pour espérer les fleurs et les fruits avant que la sécheresse n’arrive. Nous avons attendu un peu trop longtemps, il ne reste plus que quelques semaines. Cette urgence nous aide, nous résout, nous contient. Les possibles se sont raréfiés.

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7 janvier 2017 6 07 /01 /janvier /2017 11:23

Coup de silence au front. Tandis que la musique entre par mes deux oreilles. Résonne au centre de mon crâne, comme si le disque y tournait, là au milieu. À moins que Léonard… Comment est-ce possible? Sa voix est là, au beau centre de mon crâne. Des milliards de pensées s’éteignent, lucioles sombrant soudainement dans la nuit. Mon regard ralenti, s’arrête sur les objets, vacille entre ce qu’il voit et les rêves qui l’aveuglent. Mes yeux tombent, roulent vers des mémoires mal dessinées, des esquisses, des fumées.

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photographie de boris dunand, vente artraction

 

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6 janvier 2017 5 06 /01 /janvier /2017 09:33

La façon que j’ai de me guider dans la vie semble déconcerter certaines personnes. On me perçoit comme trop à l’écoute de mes besoins, trop soucieux de respecter ce que je ressens, trop délicat avec ce corps, ses sensations, ses vertiges, ses signaux. On m’invite alors à essayer de me faire un peu violence, à ne pas respecter ce principe que j’aurais, cette règle qu’ils me dessinent du « je ne ferai pas ce que je ne sens pas avoir envie de faire ».

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15 novembre 2016 2 15 /11 /novembre /2016 09:18
Abandonner

Abandonner. Chez moi, c’est toujours par l’abandon que peut commencer la poésie. Il faut que j’abandonne la tourelle du phare, la veille qui tourne haut, la main qui tient la corde, le souci que je me fais.

Je viens là pour quelque chose, et il me faut absolument oublier ce quelque chose pour qu’il survienne.

De ce lieu où les heures ne comptent plus, où seule vibre la tendre peau de ce que j’éprouve.

De ce lieu où il m’est permis de ne plus m’inquiéter de rien, de tout, où je peux fermer les yeux et voir enfin.

C’est en refusant tout dessein que se dessine quelque chose, parfois.

Je veux trembler, c’est tout. Sentir la vague de peau et l’eau du regard.

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31 décembre 2015 4 31 /12 /décembre /2015 12:09
Se coltiner la vie

Dans le corps, aucun indice pour révéler la fin de l’année. Un jour comme les autres. Je sens seulement la détente des vacances, et le calme de la ville contamine mon apaisement. Par la pensée, je sais que demain l’année sera morte, à tout jamais. Spontanément, je ne suis pas plus troublé. Si je m’y arrête un peu, je devine l’émoi face au temps qui passe. L’évocation des personnes perdues, des projets en attente, les moments forts de l’année agonisante, les questions sur les mois à venir. Il est multiple, subtile, ce lien au calendrier, mêlant l’indifférence à la confrontation: je ne me sens pas concerné, je peux l’être, j’y pense quand même, sans vraiment y faire plus attention, le réveillon est là sans que j’y sois vraiment, mais il lévite aux environs. Il me faut sonder pour dire des choses précises, et elles ne sont pas harmonieuses, cohérentes, monochromes.

Pour sûr, ce n’est plus aussi net, fort et manifeste qu’avant. Je fais le lien entre l’importance qu’avait cette date du temps où j’en partageais l’anticipation et toutes les constructions symboliques avec mon entourage. Je sens le lien entre la perte de signification et l’arrêt des projections et des échanges. Depuis que je n’en fais plus activement le signe d’un passage, et que, conjointement, je n’en évoque pas les significations avec d’autres personnes, cette nuit singulière s’est fondue dans le fil continu des jours. D’ailleurs, c’est la fête des autres qui sans doute m’invite à en prendre encore un peu soin. Cela aussi, ma pensée le sait, qu’il y a des rassemblements, des rapprochements, une vie à plusieurs qui se noue autour de ce prétexte, et ça ne me laisse pas indifférent. Elle est parfois délicate cette navigation entre le besoin de repères et la liberté face aux convenances sociales, la vacuité possible de rites désagrégés, les vertus des soins qu’on leur alloue, le vécu du miroir incontournable.

C’est le lieu d’un rapport inévitable. L’inscription dans l’étendue temporelle: où suis-je aujourd’hui dans le cours de mon existence, quelles identités ont survécu, qu’est-ce que je sens de moi qui résonne avec ma mémoire? Et l’encrage momentané dans une tribu appartenance: jusqu’où va ma solitude, jusqu’à quelles intimités vont mes liens? Ces tris courants prennent ici une force particulière. Je les note de biais, explorateur de l’intime vaguement affairé, plus ou moins concentré. Je retiens ce point: moins de constructions mentales, plus de corporalité et un accès à plus de complexité subjective. Peut-être qu’aborder la vie comme un problème à résoudre empêche - évite aussi sans doute - de se coltiner la part folle, chaotique et débordante de sa nature.

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29 décembre 2015 2 29 /12 /décembre /2015 13:38
Se taire

Je crois bien que j’ai tu la voix la plus nécessaire. Celle qui avait le plus besoin de se dire s’est enfermée dans un secret. En sortant de l’anonymat, en prenant le risque de montrer le lien entre ce que je crée et ce que je suis, j’ai abandonné une partie de l’être. Difficile de laisser voir autant de fragilité, d’incapacité, de malhabilité. Le discours ambiant a beau louer le courage de se montrer tel qu’on est, les visages qui pullulent sont gais, beaux, vigoureux, vaillants, entourés. La confiance, le contrôle, l’aisance, la maîtrise, voilà qui fait saliver les âmes. Si l’expérience de soi est plus fondamentalement une difficulté d’être, de se lier, de réussir, et parfois simplement de faire, d’user du quotidien comme il se doit, la gêne n’aura aucune peine à trouver son chemin jusqu’aux timidités. Et c’est à interroger: « Solange te parle » fait précisément ceci. Je le faisais sans m’en rendre compte je crois. Et je ne le fais plus, et c’est dommage, pour moi d’abord: parce que c’était un lieu d’existence, de présence, de reconnaissance, de valeur. Je valais dans mon détournement du douloureux et de l’inconfort, je valais ces mots trouvés, ces phrases tournées, ces consciences déployées. J’étais bon à ça. Je me suis tu. La question qu’il me reste: est-ce que je n’en ai plus besoin ou est-ce que j’en ai oublié l’audace ?

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19 février 2015 4 19 /02 /février /2015 12:02
Intimes abondances / 3

J’ai senti un doigt appuyer sur ma joue. La pièce n’avait pas bougé. Elle prenait des airs de cocon blanc, murs duveteux. Le regard de D. s’appuyait sur mon front, puis sautait à la fenêtre. J’ai vu ses lèvres hésiter à dire un mot. Elle me réveillait doucement. « J’ai rêvé de toi » lui ai-je dit. Le coin de sa bouche a esquissé un léger sourire. Elle rêvait encore. Elle faisait comme si elle était là. Je croyais dormir, mais son visage m’invitait à pousser la porte du jour. « Allons-y » dit-elle doucement, sa voix semblant venir d’un songe. Nous étions seuls. Le début de ce voyage pouvait s’étendre longuement, s’étirer indéfiniment dans le lit. Nos mains pointaient le plafond comme deux marionnettes. Nous dansions des traits de liberté. « Je suis prêt » ai-je soufflé en me redressant d’un bon. « Je suis prêt ». Elle n’était déjà plus là. Elle m’attendait dehors.

La route comme une bête mystérieuse, surgissant inlassablement du brouillard. La route cueille la conduite de seconde en seconde. Comme la vie. Je ne sais jamais lire la suite

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17 février 2015 2 17 /02 /février /2015 09:18
Intimes abondances / 2

Soir. Hôtel. Trop roulé mais chambre moins chère. 30 euros. J'ai encore un peu de peur dans les mains, celle de ces virages qui m'arrivaient dessus à toute allure, sautant de la nuit sur la route sans avertir. Sous les draps du lit, de la place pour presque n'importe quoi, un bout de viande juteux, une langue facile, deux peaux complices. Je mange le sel de ma pensée. J'observe et m'interroge sur les histoires. Ce n'est ni une chambre d'amour, ni une chambre de meurtre. Éventuellement une chambre de suicide: un poison silencieux, discret. Monde minuscule où l'intimité dort nue. Une grande armoire en bois foncé, un sommier en métal sous le matelas en cuvette, des draps rigides, une tablette sur laquelle se déplace un morceau de marbre froid. La présence de l'évier dans le coin: une grâce de vieillesse. J'apprivoise. Poser mon sac là, ma veste comme ça, mettre ça sur la chaise. Rituels invisibles. Je note tendrement ceux de Danièle: sa signature.

L'ennui n'a plus guère de place. Avant d'aller dormir, pendant que lire la suite

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15 février 2015 7 15 /02 /février /2015 11:03
Intimes abondances / 1

Table de bois. Fenêtre de verre. Je vois le lac du Bourget dans toute son étendue. Le soleil vient de disparaître. Première fois depuis très longtemps, que je pars ainsi. Dans les rues d'Aix, je suis tombé étourdi trois fois en quinze minutes. L'évidence d'un visage, d'une allure, le mystère. D. sait que j'en rajoute. Ce qui tremble au milieu de nos regards traverse les âges.

La vue est parfaite. Le paysage est une photographie. Le paysage est une fille. Le charme est instantané, long, unilatéral. Je l'emporterai, il coulera, s'épanouira en delta vers les mers de mon oubli. Il y en a tant eu, en une demi-vie. Trois histoires impossibles et un paysage: quatre croix dans mon répertoire, quelques lignes dans mon journal. On frôle tant de chemins. J'ai pris celui qui descend au sud, s'écoule jusqu'à la Méditerranée, je descends le fleuve d'un rêve, d'un désir. Je suis accompagné de celle qui me semble irréelle. J'entends sa voix, caresse ses cheveux, éponge ses ivresses, et pourtant je doute encore.


Je ne sais pas où... lire la suite

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17 août 2014 7 17 /08 /août /2014 18:04
la vaste chanson

Ce sont les ciels indolents
Eux seuls en ces jours distraits
pointent de leur longs doigts bleus
La poésie discrète de nature
Et l'œil bien qu'ouvert ne suffit pas
Si l'âme ailleurs porte son regard
Si elle ne daigne d'un souffle large
poser aux nues sa fragile attention
Le cœur presque immobile alors reste muet
Pauvre d'ignorer la vaste chanson
Qui sur sa tête pose l'indicible mélodie
pourtant prête à mourir pour un misérable poème

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