II

 

Lumière d’éblouissement

Cent mots ni phrases ni recul

La rouille ici là

Le reflet éclatant

                Cette musique, cette guitare et cette voix

Ces livres en étagère

                L’heure qui tourne

                               Tourne en rond, avance

                L’écho des temps

La plume griffe son mot

La seconde ma peau

                Comme la feuille de papier

                Je résiste passivement

                Aux écoulements, aux beautés, aux éclatements

Je tremble aux assauts

                Des heures, des lueurs

Tout ce qui vainement s’élance

                Tourne en rond, avance

                La trame de cents mots

 Qui ne sauraient pourtant piéger la rouille en sa lumière

                Son éblouissante lumière

Devant cents livres qui ne font pas le poids


Mardi 10 novembre 2009

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I

 

Dans ce ciel blanc

Cette table blanche

Cet habit blanc

                Je me repose

                               Loin dans l’oubli

                               Où nul relief ne dessine

                               Où rien n’est à voir

                               Rien à comprendre

                La blancheur pure des espaces

                               Nulle d’intelligence

                               Pâle pôle d’existence

                               Virginale pensée

                Je me laisse aller au son d’oubli

                               Au rythme des heures

Dérivant linceul d’épure

Qui s’allonge indéfiniment


Jeudi 5 novembre 2009

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Tous ces corps et le tien. Tous ces corps et le mien. Ces symboles qui ne me parlent que de loin, ne me disent rien au fond, en surface oui, je sais, je comprends mais dans le fond, non, je ne comprends rien. Bruit, confusion, distance. Une vague peur chaque fois, quand je m’approche, au moment où l’idée me vient – « tiens oui, bonne idée, ça fait longtemps ». Bonne idée tu parles. Vague peur dans les tripes quand la pensée m’emmène. Comme quelque chose qui me tire en arrière, une force intérieure qui va dans l’autre sens que celui où je m’emmène, où l’idée m’emmène. Comment je vais réagir ? Y aura-t-il du monde ? Je fais fi de la peur, des questions qui l’accompagnent, j’avance. Je pourrais avancer avec plus de présence à tout ce qui se passe en moi. C’est le chemin, l’école de vie. J’avance avec ce que je suis, vers ce que je ne serai plus jamais, vers ce que je serai toujours. C’est au moment où je m’approche, où je commence à savoir que tu n’es plus très loin, que ça s’agite encore un peu plus en moi. C’est par là que tu es rangée, casée, immortalisée. La force du recul m’a quitté, maintenant c’est une force d’enveloppe qui se soulève et m’entoure, me protège. Quelque chose qui se fige et se dresse, une raideur, une tige au milieu du corps et une serre de lianes chaudes autour, tenu en ces cordages enveloppant. Ca fait peur, l’endroit fait peur. Les muscles se serrent, se préparent. Je ne suis pas présent à tout cela, pourtant je m’en souviens maintenant, je me souviens bien de ces sensations au moment où je m’approche, où je devine l’allée par laquelle je dois m’enfiler pour venir te trouver. – choc. Stupeur. Tandis que j’écris, tandis que je me rappelle ce que j’ai vécu il y a quelques minutes, en m’enfilant dans l’allée de notre rencontre, je ressens ce qui est si difficile à décrire, à écrire, parce que le pathétique, parce que l’indicible, parce que cet espace d’entre-deux. Nous connaissons tous ces moments où une vague de tristesse s’élève quelque part dans la poitrine et vient s’écraser aux frontons du visage, fait trembler les lèvres, tressaillir les pommettes, humecte le regard, tandis que son retour aux tréfonds de nos êtres fait un sanglot, un ressac dans la poitrine qui se fend d’un long soupir – nous connaissons tous cela et pourtant l’écrire est maladroit, ne sert à rien, empêche de s’y retrouver, le décrire cartographie mais ne révèle rien, ne transmet que la forme, en voile l’essence. Mais c’est précisément ce qui vient de me traverser et me fait un choc d’en deviner maintenant seulement la présence tout à l’heure, plus profonde, plus légère encore que la peur. Elle est insensiblement douloureuse cette allée, cette rencontre. Ca y est. Face à face. Je suis de retour, tu es là, comme toujours, immobile, presque éternelle. Silence. Componction naturelle, qui s’impose, se compose d’elle-même, de l’intérieure. Gravité. Tout devient solennel, sans que je ne le veuille. Le silence qui s’installe en moi, la lumière qui descend en lent cortège du ciel, l’humilité de mon regard plein d’interrogations informulables, le mouvement des arbres au passage délicat du vent, jusqu’à l’ordre serein des cailloux qui jonchent le sol, la retenue de mon souffle. Rien de naturel sans doute, dans cette composition des éléments, mais je me laisse duper sur le moment, contrit par toutes ces évidences qui n’en sont pas. Je te fais face et tout ce qui me vient, tout ce que j’ai à dire, c’est ce soupir et ce « ouais ouais ». « Ouais ouais quoi ? » pourrais-tu dire, s’il t’était encore donné de dire quelque chose. Et il me faudrait alors réfléchir un moment pour te répondre. Ouais ouais quoi ? « Ouais ouais tout ça », tout ce que je viens d’écrire, ces peurs, cette tristesse, ce silence, cette rencontre, cette évidence qui est la moins évidente de toutes, ce lieu où les symboles ne me disent rien tout en disant beaucoup, ces corps et le tien, ces corps et le mien, ouais ouais pour dire quelque chose quand tous les  mots font défauts, pour acquiescer, pour se rendre à l’évidence, pour s’y rendre comme on capitule, que pourrais-je bien dire d’autre, hein, de toute manière, qu’y a-t-il à en dire, sinon ce ouais ouais de reddition, d’abandon, de toute manière voilà, y a pas grand-chose à faire, cette rencontre n’a pas beaucoup mieux à m’offrir… J’ai été heurté sans doute, en arrivant, l’ai à peine noté en fait, mais je me souviens bien avoir tiqué en remarquant ce détail qui m’en disait plus long encore que tous les symboles rassemblés autour de moi, détail qui me troublait tout au fond. S’il me demandait comment je prenais soin de cette rencontre, de ce lien, me pressant insidieusement de répondre peut-être à cette interrogation qui plongeait loin dans les motifs de mon être, il me révélait également, sur la fine tranche qui sépare la tragédie du comique, là où larmes et rire ne font plus qu’un devant les ironies du sort, là où la tragédie est d’une telle intensité que seul le rire nous la rend supportable, il me révélait la brutalité innommable de cette rencontre. Je n’ai pu échapper à la méchanceté abrupte devant ce détail. Sur la croix, la plaquette où ton nom – ton nom d’ailleurs presque illisible depuis que les saisons ne cessent d’en user les reliefs (autre drôlerie singulière) –, sur la croix donc, la plaquette où ton nom révèle nettement ce qui au fond reste confus et distant, la plaquette pendouillait lamentablement de biais au seul clou qui lui restait, reflétant ainsi avec une amère fidélité ta fragile immortalité, ta présence incompréhensible dans ce jardin aux évidences troubles.

 

Publié dans : Effleurements
Mardi 3 novembre 2009

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D’accord. D’accord, je vois. Comme dans le bruit, la confusion de ce lieu, où se mélangent les voix, la musique, et le tumulte des tasses qui s’entrechoquent, des tables qui raclent le sol, des voitures qui passent dehors… Je viens déposer tout ici. Sans trop savoir ce que j’avance. Je ne vois pas si bien, mais ça vient, je sens la possibilité de voir, la possibilité se dessiner dans le tumulte, le tumulte baisser le rythme de son charivari. Ne plus exiger le silence, là, dans cet incontournable bruissement d’agitation. Ne plus exiger le sacré là où toute la vie se joue, l’accueillir s’il survient, évidemment, mais c’est une autre histoire. Et nous n’en sommes pas là, certes. Je devine plus que je ne vois, mais j’ai très envie de voir, n’ai plus trop envie de secouer les puces de mes rêves ni d’agacer le nerf de mes exigences, seulement pouvoir être là où les choses sont. Bien sûr le mouvement ne va pas disparaître pour autant, ce mouvement de rêverie et d’exigence, mais lui donner un peu de place c’est déjà lui retirer le pouvoir de m’entraîner là où il veut : loin de ce qu’il se passe. Reconnaître sa présence pour ce qu’elle est, un tissu d’illusoires représentations où l’expérience est quittée, c’est redonner à l’expérience la possibilité d’être reconnue pour ce qu’elle est, une complexité actuelle où s’entremêlent et se succèdent des sensations, des impressions, des pensées, des sentiments, des émotions, y compris ce grand mouvement de rêverie et d’exigence, mais plus lui seulement, plus seulement lui et ses absolus où l’expérience ne peut plus trouver de place, ses absolus qui viennent à coup d’intransigeance valider ou annuler la qualité de ce qui est vécu, selon ses critères, ses évaluations. Là où l’expérience perd sa subtilité, où il n’est plus question que d’un oui ou d’un non, d’une configuration qui ne peut être qu’optimale ou nulle, mais jamais entre deux, jamais mixte, jamais mélangée, indéfinissable, changeante – jamais tout ce qu’elle est en fait. Alors non, je n’ai plus envie de caresser la peau de mes rêves si c’est pour ne plus être là où les choses sont. Je préfère me laisser caresser par les choses comme elles sont et parier qu’un jour cette caresse s’illuminera d’une consistance rêveuse et sublime, mais ne plus passer à côté de ce que la vie me donne pour le compte de ce que j’exige d’elle. A convoiter ainsi les parts sublimées de mon existence, je suscite davantage de douleur et de distance que de plaisir et de présence, de présence surtout – avec tout ce que ça suppose de limite, de tiédeur, de mesuré, d’imperfection, réalités incontournables de l’expérience qui comme par hasard sont annulées. Je vois, je vois toujours mieux, ce n’est pas la première fois que je vois, mais ma conscience s’avance toujours plus loin dans le vicieux de cet être au monde qui exige le sublime des qualités et finit par se couper du monde comme il est, du monde et de ses qualités. Là où je crois me rapprocher du plus précieux, j’installe des attentes qui me coupe de tout ce qui se passe en moi. La consistance de mon vécu s’effiloche sous la lame de mes revendications au plus précieux, au sacré, à la profondeur, à la qualité. Ce n’est pas nouveau, pas vraiment une découverte, mais je m’enfonce un peu plus loin dans la grotte de cette intériorité qui semble sans fond, et dont je ne changerai pas les dispositions mais qui, à mesure que j’y installe les lumières de ma conscience, perd un peu de son pouvoir sur la spontanéité de ma personne. Tandis que simultanément je gagne en pouvoir de choisir ma façon d’habiter mon expérience et ses bruits, ses tiédeurs, ses ennuis, tout ce qui n’est pas digne d’intérêt aux yeux de ce regard aux folles exigences.

 

Publié dans : Mots de l'aurore
Lundi 2 novembre 2009

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Une danse. C’est comme une danse. Plutôt comme tout ce qui précède la danse. Aucun des deux ne sait vraiment, complètement, sûrement – s’il a envie de danser, s’il a envie de partager cette danse avec l’autre. On se tourne autour, on échange des signes. C’est la danse à distance, qui précède peut-être une autre danse. L’une n’est pas moins délicate que l’autre.

            L’enfant et l’homme, tous deux confondus, dans cet art où jeu et sagesse s’entremêlent, où folie et retenue peuplent chacun des gestes, osent et reculent dans l’arène des regards, aux frôlements accidentels des mains, à chaque fois que les épaules se rencontrent et partagent quelque secondes d’une intimité qui n’est pas costumière. Il y a déjà, à la façon dont nos corps se comportent, quelque chose d’une frontière franchie, d’un passage interdit sur lequel ils font des incursions aussi brèves que marquées. Discrètement ils s’envahissent l’un l’autre des bouts de territoire exclusifs, découvrant sensiblement l’absence de réaction hostile, un accueil paisible, même s’il suspend les souffles. Ces chocs minimes font de tendres allusions, connivences des regards précédant la danse encore incertaine, timides paroles au sens balbutiant, gestes hésitants dans la distance qui sépare encore, chacun semblant porter lourdement à conséquence, comme si tout ce qui devait s’ensuivre dépendait d’une ultime maladresse, d’un dévoilement trop abruptes de cette invitation qui tremble au bout de nos lèvres, incertaine encore. L’homme et l’enfant, tous deux concernés, patients et fébriles, retenant leurs souffles devant ce mur fragile qui masque à peine l’intimité d’un univers à portée de main, pesant chacun de leurs pas puis courant à toute force, subtilité de l’approche dépassant de loin la maîtrise de leur expérience, l’adresse de leurs intentions, la ruse de leurs stratégies. L’enfant pourrait s’amuser de ne rien savoir, n’y même pas penser. Mais l’homme ne peut s’empêcher de tirer sur la ficelle de cet entre-deux qui pourtant résistera à sa définition jusqu’à la dernière minute, jusqu’à ce que la danse commence pour de bon, peut-être.

 


Publié dans : Mots de l'aurore
Vendredi 30 octobre 2009

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Cesse de chercher ce qu’il serait important de dire, de faire, d’exprimer.

Dis, fais, exprime. L’important s’y trouvera sans doute.

Publié dans : Fragments
Vendredi 30 octobre 2009

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